Mars 2010


Toute l'équipe de Farways remercie Sophie pour nous avoir fait partager son aventure. Merci pour ses superbes photos.

Descente vers Ushuaïa - Le bout du bout du monde

Aventure en live - Descente vers Ushuaïa

FARWAYS est heureux de vous présenter cette belle aventure qui débutera le 1er décembre 2009. Grâce à la collaboration d'une équipière Sophie, nous allons pouvoir vous faire vivre de façon hebdomadaire les ressentis, les meilleurs moments, les "coups dur", la vie à bord jour après jour... d'un voyage sur un 44 pieds aluminium dans le canaux du Chili:  le parcours Puerto Montt - Ushuaïa.


Toutes les semaines, une question sera sélectionnée parmi les questions des farwaysnautes et sera envoyée à Sophie. Alors, n'hésitez pas à nous envoyer toutes vos questions...




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Comment tout a commencé?


Récit de notre correspondante le 29 octobre 2009 :
 
- "Je te laisse quelques jours de réflexion ?"
- "Non, inutile, c'est OUI."
- "Ok, RV le 1er décembre"
 
La communication Skype se termine, j'ai la gorge nouée, les larmes aux yeux. Un de mes rêves "Naviguer au Chili, dans les canaux" est en train de devenir réalité. J'embarque sur un alu de 44 pieds à Puerto Montt. Le projet : une descente, vents favorables, de 4 mois vers Ushuaïa, le bout du bout du monde.
 
Habituée aux tropiques, après un tour du monde de 6 ans, je vais expérimenter la navigation sous d'autres latitudes. Emerveillements, coups de chien, coups de gueule, j'imagine un quotidien incroyable et difficile, aussi déroutant qu'envoutant. Qu'en sera t'il vraiment ?




Semaine du 14 au 20 février 2010
FARWAYS - Publié le 1er mars 2010 à 12h00
[51°36'51 S - 72°39'57 W - Puerto Consuelo]
La navigation s'achève ici. Elle ne se poursuivra pas vers le Sud. La décision du skipper est souveraine. Ma déception est forte. Complètement immergée dans le projet, je ne m'étais tout simplement pas préparée à l'éventualité qu'il puisse s'arrêter ainsi. Cette douzième lettre hebdo est donc la dernière de ce périple surréaliste à travers les canaux de Patagonie, incroyables dédales où l'homme est si petit, la nature si forte, la météo si changeante. Qu'elle soit arrivée à son terme ou non, cette navigation, dans une autre dimension, n'aura pas étanchée ma soif de découverte. Les glaces ont commencé leur fascination. Il est dit que je reviendrai naviguer ici et plus au Sud.
Merci à tous ceux qui m'ont accompagnée, encouragée et soutenue pendant ce voyage.
Le prochain voyage me ramènera en Asie dont je ne peux me passer trop longtemps à moins qu'une nouvelle proposition de navigation ne vienne me ravir. A bientôt donc pour de nouvelles destinations.

© Sophie / Chili-Les Torres Del Paine
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© Sophie / Chili-Les Torres Del Paine
© Sophie / Chili-Les Torres Del Paine
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© Sophie / Chili-Les Torres Del Paine
© Sophie / Chili-Les Cuenos Del Paine
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© Sophie / Chili-Les Cuenos Del Paine
© Sophie / Chili-Les Cuenos Del Paine
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© Sophie / Chili-Les Cuenos Del Paine


Information

- La lettre hebdo a été rédigée à Puerto Consuelo dans l'estero Eberhardt.
- La position GPS est 51°36'51 S - 72°39'57 W.
- La localisation : Ultima Esperenza - Région 13.
- La météo de la semaine : 6 belles journées, 1 jour couvert.
- Nombre de dépression de la semaine : 0.
- Soleil : Lever à 7h04 - Coucher à 21h10.
- Température : 15°C.
- La distance parcourue depuis la dernière lettre hebdo est de 62 milles.
- Pas de progression dans le Sud depuis la dernière lettre hedbo.
- La distance parcourue depuis Puerto Montt est de 1124 milles.
- La progression dans le Sud depuis Puerto Montt est de 10°03'.


Le meilleur moment de la semaine :

Torres y cuernos
Il n'existe pas un seul guide touristique du Chili qui ne les présente pas. Les fameuses "Torres del Paine" sont si photogéniques qu'elles sont largement exposées et font souvent la première de couverture. Nous en sommes à moins de 120 km. C'est l'occasion rêvée d'aller les observer de plus près.
La route asphaltée nous mène à Cerro Castillo, à une cinquantaine de km de Puerto Natales. De là, vers l'est, il est possible de traverser la frontière argentine. De là, vers l'ouest, la route devient piste et pénètre 40 km plus tard le parc national Torres del Paine. Crée en 1959, sur l'immense territoire d'une estancia de 180 000 hectares, ce parc se situe à l'extrémité sud de la chaîne andine. Déclaré Réserve de la Biosphère par l'Unesco en 1978, il se caractérise par une grande variété d'altitudes qui lui confère une faune et une flore très diversifiées. Fjords, steppes, forêts de conifères, fougères géantes, arbres torturés par le vent, glaciers géants, lacs, cascades. Nombreuses variétés d'oiseaux et de mammifères : ibis, flamands roses, nandous, guanacos, pudus, renards, loups, pumas et chats sauvages.
Nous arrivons par l'est et parvenons au lac Sarmiento d'un bleu intense en même temps que s'élève à l'horizon le Torres del Paine. Culminant presque à la verticale, à plus de 3000 mètres au dessus de la steppe, le spectaculaire massif de roches granitiques domine le parc. Nous avons de la chance. Aujourd'hui, les trois tours déchiquetées sont pratiquement découvertes. Nous ne quittons pas le site des yeux. D'ailleurs, nous restons calés en face pendant la pause déjeuner ... au chaud, à l'intérieur de la voiture. Impossible de pique-niquer en plein air avec le vent violent et glacial. A peine avons-nous repris la route, que nous apercevons un troupeau de guanacos. Nouveau stop. La sauvegarde des Lama guanacoe est la plus belle réussite du parc. Leurs prédateurs naturels, les pumas, n'ont aucun moyen de les approcher sans être vus et après plus de dix ans de protection contre les braconniers, les guanacos sont de plus en plus nombreux. Les animaux paissent tranquillement à tel point qu'ils ne bougent à peine à l'approche d'un homme ou d'un véhicule. Un vrai régal. Jusqu'au Lago Azul, nous en verrons des centaines. Deux heures plus tard, juste après le passage devant la cascade du rio Paine, nous parvenons à l'administration du parc. L'entrée est de 15 000 pesos, soit environ 20 euros. La route longe ensuite les lacs Nordenskjöld et Sarmiento et laisse peu à peu se découvrir Los Cuernos, les cornes bicolores, beiges et sombres. Paine signifie bleu foncé en langue tehuelche. Il y a trois cornes, la Este, la Principal, la Norte, d'une altitude de 2200 à 2600 m. Elles côtoient le Paine grande qui culmine à 3050 m. Un stop à Pudeto et une petite rando devant le Salto Grande nous permet de les approcher pour une vue toujours plus incroyable. Il est cependant temps de continuer la route vers le glacier Grey. Nous arriverons malheureusement trop tard pour envisager nous aventurer sur la grande plage, dans l'axe du front de glace et nous approcher d'immenses icebergs.
La journée passe trop vite et nous devons déjà rejoindre Puerto Natales dans la nuit tombante par la piste sud, à tronçons cahoteux. il est évident que quelques journées supplémentaires au sein du parc permettraient de profiter des points de vue en toute sérénité. De nombreuses randonnées sillonnent le parc : il y a le très populaire W qui permet de découvrir en 4 jours les 3 sites principaux vers le glacier Grey à l'est, la vallée del Frances au centre, au pied des cornes et la vallée Ascencio au pied des tours avec refuges et campements tout au long du chemin. Et puis pour les courageux, le circuit complet en 7 à 10 jours offre une solitude et des vues imprenables que le W ne permet pas. Sur la partie nord du parcours, il n'existe pas de refuges mais uniquement des campements rudimentaires. Il faut un équipement de marche et une tente particulièrement résistants au mauvais temps car la boue, la neige et le vent sont inévitables. Peu de personnes empruntent cet itinéraire et la Conaf interdit d'y randonner seul.

Back to board
Nick sur la Rose a traversé le Drake sans encombre. Les conditions ont été idéales si l'on excepte sa grosse frayeur, un matin, où au réveil, il apercoit deux icebergs. Il aterrit à Deception Island, un ancien cratère, une île en forme de fer à cheval comme l'est Santorin. Sa première journée en Antarctique est fantastique. Il assiste à un fabuleux spectacle : les baleines sont là, et comme à la péninsule Valdès, elles jouent un long moment autour du bateau. Son récit à la radio est enthousiaste et communicatif. Le lendemain, changement, c'est une toute autre voix et un tout autre commentaire que l'on entend. "It's a bad experience" dit-il. Il vient de laisser une ancre et 40 mètres de chaîne par le fond. Dur, dur quand il est indispensable de posséder plusieurs mouillages de secours à bord dans ces endroits du monde. Un mois plus tard, il est de retour en Terre de Feu et nous annonce que son ancre et sa chaîne sont de nouveau à bord. Incroyable. Par quel miracle ? La  position GPS de son ancre avait été communiquée à l'Armada argentine et des plongeurs en exercice l'ont retrouvée.

Le Pain de notre bateau
Beaucoup de bateaux font leur propre pain à bord et du très bon pain. Je ne suis pas une grosse mangeuse de pain et encore moins une mangeuse de pain blanc. Manipuler la levure est tout un art que je ne possède pas. Je n'ai jamais poursuivi l'expérience assez longtemps pour avoir un niveau d'expertise en la matière. Aussi, je ne fais pas de pain. Trop peur de le rater ...
Le bateau vient de me donner sa recette de pain complet qui peut évoluer en pain multi-graines au gré de ses envies. Il se prépare comme un gateau et il est inratable !

Mélanger dans 400 g de farine complète :
- 1 cuillérée à café de sel
- 1 1/2 cuillerées à café de bicarbonate de soude
100g de farine peuvent être remplacés par des germes de blé, du son, des graines de césame, de tournesol, noix, raisins ...

Dissoudre dans 50 cl de lait :
- 1 cuillerée à soupe de miel
- 2 1/2 cuillerées à soupe de vinaigre

Mélanger le liquide au solide.
Mettre au four à 200°C pendant 1 h 1/4 minimum.


© Sophie / Chili-Guanaco et Nandu
© Sophie / Chili-Guanaco et Nandu


Le "coup dur" de la semaine
:

Problème ou pas
Rudy Eberhard, un des descendants d'Hermann, est mécanicien. Le skipper, inquiet, se pose toujours des questions par rapport à des vibrations du moteur et lui demande de vérifier son alignement. Après une demi-heure d'observations, à l'arrêt ou moteur en marche, notre mécanicien ne décèle pas de problèmes particuliers mais préfère faire appel à une de ses connaissances, plus compétente. Elle pourra faire un meilleur diagnostic concernant l'accouplement souple entre moteur et arbre d'hélice. Deux jours plus tard, l'homme est à bord. Notre mécanicien et lui font les vérifications d'usage. Les vis livrées avec le moteur pour l'accouplement souple sont, selon lui, un peu courtes et ne s'engagent pas suffisamment. Il les resserrera avec du frein filet. Hormis cela, tout lui paraît normal.

Pas de cerise sur le gateau
Samedi, nous rejoignons Puerto Natales pour déposer à l'Armada le zarpe de notre route pour le Sud. La demande sera faite pour Ushuaïa, en Argentine, directement. Nous quittons donc le Chili à Puerto Natales et n'iront pas à Puerto Williams, situé également le long du canal Beagle mais à 30 milles plus au sud-est de la ville argentine. Ceci permet de gagner quelques jours et de mieux profiter des merveilleux glaciers de la cordillère Darwin situés dans le bras Nord-Ouest du Beagle. Dans l'après-midi, le skipper n'est toujours pas passé à l'Armada. Il m'annonce alors qu'il a décidé de ne pas poursuivre vers le Sud. Je ne reçois pas d'explications. Complètement abasourdie, je n'en demande pas non plus. Quelle importance d'ailleurs de savoir. Ushuaïa, le bout du bout du monde, était l'objectif final de ces quatre mois de navigation dans les canaux de Patagonie. Le skipper rêvait de revenir naviguer sous ces altitudes depuis 10 ans. Il avait traversé à l'époque le venteux détroit de Magellan, laissant au Sud la Terre de Feu sans la découvrir. En 2007, sa route devait le ramener au Chili et les vents l'avaient conduit à passer une saison en Polynésie. La traversée des Australes à Puerto Montt se fera finalement en décembre 2008, avec une arrivée la veille de Noël, après 32 jours de mer. Alors, comment comprendre qu'il abandonne là, si près du but ? Lui seul détient les réponses.


Les observations de la semaine
:

Carnards Vapeur, pic-vert à Puerto Bellavista.

Divers : Flamands roses, oies Cauquen

© Sophie / Chili-Punta Arenas
© Sophie / Chili-Punta Arenas


Carnet de route
:

Mercredi - Descente de l'estero Eberhardt, remontée de l'estero Ultima Esperenza
Mouillage : Estero Ultima Esperenza - Puerto Bellavista - 51°28'15 S - 73°15'64 W

Vendredi - Descente de l'estero Ultima Esperenza, remontée de l'estero Eberhardt
Mouillage : Estero Eberhardt - Puerto Consuelo - 51°36'51 S - 72°39'57 W


Semaine du 07 au 13 février 2010
FARWAYS - Publié le 24 février 2010 à 15h00
[51°36'51 S - 72°39'57 W - Puerto Consuelo]
Changement de décor. Veaux, vaches, moutons, chevaux dans les prés. Nous sommes à l'estancia Eberhard, au milieu du fjord Eberhardt, venus nous reposer après les jours mouvementés passés à Puerto Natales et à son mouillage inconfortable. Ciel bleu, herbe verte, flamands roses nous font oublier la grisaille de ces dernières semaines. Luminosité étincelante, lunettes de soleil, écran total, nous rechargeons nos batteries lors de grandes et belles randonnées. J'aurai l'occasion cette semaine d'approcher de nombreux oiseaux et prendrai un plaisir tout particulier à la chasse photo.

© Sophie / Chili-Puerto Consuelo
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© Sophie / Chili-Puerto Consuelo
© Sophie / Chili-Cueva Del Milodon
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© Sophie / Chili-Cueva Del Milodon
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© Sophie / Chili-Cueva Del Milodon
© Sophie / Chili-Cueva Del Milodon
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© Sophie / Chili-Cueva Del Milodon


Information

- La lettre hebdo a été rédigée à Puerto Consuelo dans l'estero Eberhardt. 
- La position GPS est 51°36'51 S - 72°39'57 W. 
- La localisation : Ultima Esperenza - Région 13. 
- La météo de la semaine : 5 belles journées, 2 jours ventés. 
- Nombre de dépression de la semaine : 2. 
- Soleil : Lever à 6h51 - Coucher à 21h25. 
- Température : 14°C.  
- La distance parcourue depuis la dernière lettre hebdo est de 10 milles. 
- Pas de progression dans le Sud depuis la dernière lettre hedbo. 
- La distance parcourue depuis Puerto Montt est de 1062 milles. 
- La progression dans le Sud depuis Puerto Montt est de 10°03'.


Le meilleur moment de la semaine :

De nouveaux pâturages
Hermann Eberhard était un joyeux luron abonné aux quatre cents coups. Son père, colonel dans l'armée prussienne, l'envoya dans une école militaire. Il s'en échappa un après-midi d'été prétextant une baignade dans la rivière et prenant soin de laisser des affaires en vue sur un banc. Il disparut pendant cinq ans vivant successivement dans une ferme dans le Nebraska, une station baleinière des Aléoutiennes et à Pékin. Les autorités militaires allemandes l'y retrouvèrent et le renvoyèrent au pays. Son père le jugea en cours martiale et le condamma pour désertion à vingt ans de travaux forcés. Les amis d'Hermann déclarèrent que son père n'était pas impartial et firent appel. La sentence fut réduite à dix huit mois qu'Hermann exécuta.
Hermann quitta ensuite définitivement l'Allemagne et vint s'installer aux Falklands. Il devint capitaine. Une année, l'ambassade britannique, lui demanda de mener le yacht du comte de Dudley à travers les canaux de Patagonie jusqu'à Valparaiso. N'ayant aucun sens des affaires, Hermann déclara qu'il serait heureux de le faire pour le fun. Mais en quittant le bateau, Lord Dudley lui tendit une enveloppe. A l'intérieur, un chèque de mille livres sterling : à cette époque, un Lord était un Lord ...  La somme était trop énorme pour être gaspillée, Hermann devient éleveur de moutons. En 1893, à la recherche de nouveaux pâturages, il rame en compagnie de deux déserteurs anglais le long de l'estero Ultima Esperenza. Arrivant à Puerto Consuelo, Hermann trouve le lieu à son goût et  s'y installe. Un siècle plus tard, ses descendants sont toujours là. Nous rencontrerons Rudy, Karin et Hermann, ses arrière-petits enfants et Erik de la cinquième génération. La sérénité du lieu et leur hospitalité resteront longtemps dans nos mémoires.

Un certain paresseux
Samedi, nous partons pour une journée de randonnée vers la "Cueva del Milodon". Si la visite de cet endroit touristique ne nous motive pas vraiment, l'idée de partir sur les traces d'Hermann quand il fit sa fameuse découverte, en 1895, nous amuse beaucoup plus. Karin nous trace un plan avec les principaux repères à travers champs au partir de l'estancia. Le soleil est de la partie et nous avons troqué les bottes pour les chaussures de marche !
Deux heures plus tard, nous parvenons sur le site et découvrons avec stupéfaction l'incroyable cave à l'entrée en forme de très large croissant et aux dimensions particulières : largeur de 80 mètres, hauteur de 30, profondeur de 200. Hermann y trouva sur le sol des fragments de peau et d'ossements ayant appartenu à un quadrupède géant. Le monde scientifique fut fasciné par la découverte. Un savant argentin annonça que la peau était celle d'un paresseux d'Amérique du Sud qu'il nomma Milodon Listai. D'après lui, la peau était si bien conservée que l'animal ne pouvait être mort que depuis peu de temps. Il pensait qu'un autre spécimen vivait dans les parages. Dans les estancias de la région, de nombreux témoins prétendirent avoir apercu d'immenses créatures poilues. Un journal anglais, le Daily Express, organisa une expédition pour capturer un milodon vivant. Son responsable en tira un livre "Throught the Heart of Patagonia" dont Arthur Conan Doyle s'inspira pour écrire "le Monde perdu". La datation au carbone 14 permit de rétablir la vérité : le fragment de peau datait en fait de 10 000 ans et avait été parfaitement conservé dans l'atmosphère exceptionnelle de la grotte. On y trouva également des traces d'occupation humaine datant de cinq millénaires. Ce mammifère herbivore à l'aspect d'un ours avec une tête de chameau mesurait près de 4 mètres et se nourrissait des feuilles de petits arbres. Son extinction serait due à la chasse, à un bouleversement climatique qui aurait changé température et végétation, à une activité volcanique ou à une combinaison de ces trois facteurs.
Outre le petit musée, la visite de la cave, une courte balade offre un vaste panorama sur la vallée, Puerto Natales et les esteros Eberhardt et Ultima Esperanza. La "Cueva del Milodon" s'avère une randonnée amusante pour une parfaite journée. A ne pas manquer. Nous passerons la soirée chez Karin qui fête les derniers travaux de sa maison en compagnie de ses amis. Ambiance internationale au sein des convives comme du repas chileno-germanique, du Pisco Sour à l'Apfelstruddel !

Argentina tur
Dans moins de quinze jours, notre visa chilien de trois mois arrivera à expiration et nous aurons repris le chemin des canaux qui nous mèneront vers le Sud. Il est temps de se pencher sur la question. Il y a la solution administrative, celle de se rendre à la gobernacion, de remplir quelques formulaires et de régler 100 dollars. Et puis, il y a l'autre, la routarde qui consiste à passer la frontière vers l'Argentine et à revenir au Chili avec un nouveau visa de trois mois. Les deux ont leur adeptes, je vous laisse deviner ma préférée.
2 compagnies de bus desservent Rio Turbio, la première agglomération argentine après la frontière. Elle se trouve à une trentaine de kilomètres. Si l'une propose des horaires difficilement conciliables avec nos déplacements, tributaires soit de la météo soit d'un taxi chilien aux horaires parfois fantaisistes, pour nous rendre à la sation de bus ou pour rejoindre le bateau, tôt le matin ou tard le soir, la seconde propose un horaire de milieu de journée qui nous convient parfaitement : départ 13 h de Puerto Natales, départ 14h30 de Rio Turbio. Nous embarquons donc dans un mini-bus et ferons successivement les 4 queues de tamponnage de passeport correspondants aux 2 sorties-entrées successives. A 16 heures, soit 3 heures plus tard, nous étions de retour à Puerto Natales, ce qui est une belle performance et pour un coût minime de 6000 pesos chiliens soit 8 euros. Si le temps ne vous est pas compté et le bateau en sécurité chez les Eberhard, il est sympathique de prolonger le séjour en Argentine, direction El Calafate jusqu'au parc national Los Glaciares, le lago Argentina et le glacier Perito Moreno .

Ma recette de Pisco Sour
2/5 de jus de citron ou 4 cl par personne
3/5 de Pisco à 35° ou 6 cl par personne
1 cuillerée à café bombée de sucre par dose de 10 cl.
Servir frais avec des glaçons.


© Sophie / Chili-Flamands Roses et Chevaux
© Sophie / Chili-Flamands Roses et Chevaux


Le "coup dur" de la semaine
:

Consignés à bord
Le plein de gasoil nous a occupés toute la journée. Il est déjà plus de 20 heures quand nous retournons au mouillage de Puerto Laforest. Le linge déposé le matin attend à la lavanderia. La boutique ferme à 22 h. Le vent commence à fraîchir. Le plan d'eau n'est plus aussi lisse mais toujours praticable en annexe. Il fait profiter des conditions quand elles se présentent encore. Le skipper reste à bord au cas où et je prends l'annexe  pour retourner en ville. La traversée du canal Senoret, une heure plus tard, sera plus mouvementée. Le mille paraît long avec un vent soutenu qui lève un clapot, de face bien entendu. Un énorme catamaran de plus de 50 pieds que nous avions vu s'amarer à quai au terminal des pêcheurs, a depuis testé notre mouillage chasseur et vient maintenant trouver refuge au nord non d'Enez. Le vent continue de monter. Pendant la nuit, un appel de l'Armada sur le 16 nous surprend en plein sommeil et nous informe que le port est fermé. Impossible de partir ! Propos assez loquace alors que nous sommes dans une baie grande ouverte sur le canal et non dans un port. Pourtant, cette demande s'addresse également à nous. Interdiction formelle de se déplacer que ce soit en bateau ou en annexe à partir de l'annonce. Nous serons donc consignés à bord pour la journée. La plus forte des rachas du jour atteindra les 53 noeuds.

Trop, trop frustrant
Dimanche, consigne, lundi, déplacement. Hors de question de rester un jour de plus au mouillage de Puerto Laforest. Profitons de l'accalmie pour changer. Nous partons, direction l'estero Eberhardt, à tout juste 10 milles. La navigation sous un ciel bleu parsemé de nuages lenticulaires est surprenante avec, à nouveau, un inattendu changement de décor. La pampa de Puerto Natales fait place à un savoureux mélange mer/campagne/montagne. Puerto Consuelo est vite atteint. L'endroit dépasse toute espérance ; il est à la fois haut en couleurs et reposant. A cent mètres du mouillage, une vingtaine de flamands roses et tout autant de cygnes. Je piaffe, je trépigne d'aller mettre pied à terre. C'est enfin possible dans le courant de l'après-midi. Le moment passe vite, je suis loin d'être rassasiée de marche après deux jours à piétiner en ville et l'inactivité forcée de la veille. Comble de malchance, le lendemain, le vent et les rafales, même s'ils sont loin d'atteindre la force de l'avant-veille, nous contraignent à rester à bord une fois de plus. Si la "sequestration" par temps gris et pluvieux est acceptable, celle sous un ciel bleu ensoleillé l'est franchement moins. La frustration devient sacrément trop forte !!!


Les observations de la semaine
:

Oies Cauquen, flamands roses, cygnes Coscoroba, lièvres à Puerto Consuelo.

Divers : Canards

© Sophie / Chili-Flamands Roses
© Sophie / Chili-Flamands Roses


Carnet de route
:

Lundi - Traversée du canal Senoret, remontée de l'estero Eberhardt
Mouillage : Estero Eberhardt - Puerto Consuelo - 51°36'51 S - 72°39'57 W


Semaine du 31 janvier au 06 février 2010
FARWAYS - Publié le 15 février 2010 à 15h00
[51°44'00 S - 72°31'60 W - Puerto Natales]
Cette semaine a vu notre arrivée à Puerto Natales, petite ville de 20 000 habitants, porte d'entrée du Parque Nacional Torres del Paine, un des parcs les plus renommés d'Amérique du Sud. Autrefois dépendante de la laine et du mouton, cette localité vit maintenant du tourisme. Si dans les rues à angle droit se succèdent restaurants, auberges ou boutiques d'équipement de camping et de randonnée, elle reste cependant très calme même en ce début février, moment fort de la saison touristique. Outre de magnifiques vues sur les montagnes, nous y découvrons un paysage de pampa mis en valeur par le ciel bleu et le soleil de ces derniers jours. Lignes douces et couleurs orangées nous reposent de la physionomie pour le moins austère des canaux.

© Sophie / Chili-Puerto Natales
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© Sophie / Chili-Puerto Natales
© Sophie / Chili-Puerto Natales
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© Sophie / Chili-Puerto Natales
© Sophie / Chili-Caleta Mousse
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© Sophie / Chili-Caleta Mousse
© Sophie / Chili-Caleta Santa Maria
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© Sophie / Chili-Caleta Santa Maria


Information

- La lettre hebdo a été rédigée à Puerto Laforest dans le canal Senoret.
- La position GPS est 51°44'00 S - 72°31'60 W.
- La localisation : Peninsula Antonio Varas - Région 13.
- La météo de la semaine :   5 journées de soleil et ciel bleu.
- Nombre de dépression de la semaine : 2.
- Soleil : Lever à 6h37 - Coucher à 21h38.
- Température : 10°C.
- La distance parcourue depuis la dernière lettre hebdo est de 75 milles.
- La progression dans le Sud depuis la dernière lettre hedbo est de - 0°16'.
- La progression dans l'Est depuis la dernière lettre hebdo est de 1°12'.
- La distance parcourue depuis Puerto Montt est de 1052 milles.
- La progression dans le Sud depuis Puerto Montt est de 10°15'.


Le meilleur moment de la semaine :

Les angosturas
Le système de marée qui régit la Patagonie est de quatre marées quotidiennes dont deux de plus faibles amplitudes pendant le jour. Les canaux sont donc soumis à des courants de marée. Intuitivement, on devinera leur sens. Cependant, dans certains canaux, sans raison apparente, ils seront inversés. Jusqu'à présent, nous avons été gâtés et n'avons subi que rarement des courants contraires de plus d'un noeud. La largeur des plus grands canaux, comme le Messier, le Wide ou le Beagle varie entre 3 à 5 milles, le Moraleda atteint même les 8 milles et plus par endroit, la valeur moyenne se situe entre 1 et 2 milles. Cette mesure diminue à quelques centaines de mètres voire à une cinquantaine seulement dans certains goulets. Au niveau de ces fameux angosturas, il est impossible de passer à l'improviste. Les courants peuvent y atteindre les 10 noeuds et même les dépasser dans les plus mauvais passages. Les cargos ont l'obligation d'avoir des pilotes à bord. Les plaisanciers ont le nez dans leur table de marée ou à défaut observent. En cas de doute, ils s'arrêtent dans une caleta à proximité et détermine le plus précisement possible les horaires de marée. Nous avons passé l'Angostura Inglesa, juste avant l'arrivée à Puerto Eden, qui sépare le canal Messier du canal Wide par l'intermédiaire du Paso del Indio, à l'étale de marée basse. Nous aurions pû traverser l'Angostura Guia qui sépare le canal Innocentes du nord du canal Sarmiento ; à cet endroit, nous avions choisi un canal parallèle, le Pitt.
Puerto Natales se trouve dans un cul de sac au terme d'un parcours de 50 milles. Pour l'atteindre, deux itinéraires possibles, le canal Santa Maria suivi du canal White au nord ou le canal Kirke au sud. L'un comme l'autre présente un goulet avec des courants potentiellement énormes. Nous avons opté pour le passage nord avec un arrêt à la caleta Mousse à quelques milles du premier rétrécissement de l'angostura White. De savantes interprétations des guides disponibles et une fine observation de la marée nous feront partir en début de matinée, trois heures et demi après la marée de Puerto Montt. Ce créneau horaire fût parfait. Nous ne subirons pas de courant : 0,2 noeuds de courant pour ou contre. Le passage est très, très beau quand rien ne vient le perturber ...

Journée combustible
Peu après avoir mis pied à terre à Puerto Natales, nous réfléchissons à la méthode la plus appropriée pour l'approvisionnement en gasoil. Nous avons besoin de plus de 300 litres, le bateau près de 400 litres. Le mouillage de Puerto Laforest est à un mille de Puerto Natales, de l'autre côté du canal Senoret. Bidonner et traverser le canal avec nos petites annexes faiblement motorisées est difficile à envisager. Emprunter la barge qui fait la navette d'une rive à l'autre de façon très aléatoire ne l'est pas plus. Reste la solution de se mettre à quai au terminal des pêcheurs et d'y faire venir un camion citerne. Ceci suppose une météo clémente. Un vent qui soufflerait subitement à 30, 40 ou 50 noeuds y plaquerait le bateau et rendrait tout départ très problématique. Miraculeusement, il fait beau, la mer est plate, les prévisions sont bonnes. Profitons de ce moment propice et de ces conditions idéales au plus vite. La décision est prise de consacrer la matinée du lendemain au plein de gasoil.
Peu avant 9 heures, mes amis partent en annexe reconnaître les lieux d'appontement, vont à la station prendre rendez-vous, passent à l'armada remplir un formulaire en 3 exemplaires, partent les faire signer au port de pêche, reviennent à l'armada les faire tamponner, y  laissent un exemplaire et retournent enfin à la station service donner le feu vert pour le départ du camion citerne. Tout roule sauf qu'à leur retour à la station, aux alentours de 11 heures. Impatienté par le délai de ses allers et venues, le chauffeur est parti livrer un autre endroit et ne sera de retour qu'à 16 heures dans l'après midi. Entretemps, mon amie et moi, trouvant le temps long à bord, avons rejoint Puerto Natales en annexe pour venir aux nouvelles et assurer, sur ces entrefaites, d'autres tâches domestiques. Reste à patienter en espérant que le vent ne forcisse pas comme d'ordinaire l'après-midi. A 17 heures, nous arriverons au quai des pêcheurs par calme plat devançant le camion citerne de quelques minutes. Réservoirs et jerrycans remplis, il suffira de retourner au mouillage et d'empenneler à nouveau.

D'une pierre deux coups
Le plein des réservoirs en cours, le skipper s'enquiert d'un plongeur susceptible de vérifier l'hélice du moteur. Le desserrage de la bague inox du joint tournant à Suarez a laissé un goût amer et semé un doute dans les esprits. Est-ce l'alignement de l'arbre du moteur ou une autre cause à l'origine de ce mauvais tour, la question est toujours en suspend. Le marnage très faible dans les environs de Puerto Natales ne permet pas l'échouage du bateau et une première vérification par nous même. Un pêcheur, nombreux sont ceux qui disposent de leur équipement de plongée à bord, propose de plonger immédiatement. Le bateau cède bientôt sa place à la lancha de notre homme. Le compresseur qui alimente en air un narguilé est mis en route. L'homme s'équipe, combine d'un demi-pouce d'épaisseur oblige et passe à l'eau pour une première vérification. Rien de visible au niveau des pâles, pas de sac plastique, ni de bout ou autre élément extérieur qui viendrait entraver le bon fonctionnement de l'hélice. Le moteur est mis en route, des aussières ajoutées afin de retenir le bateau pendant que la première puis la marche arrière sont enclenchées. Toujours aucun signe de disfonctionnement. Notre plongeur vérifiera l'anode et enlevera les berniques qui se sont accumulées au fil du temps. Au retour, le skipper semble percevoir une amélioration et une diminution des vibrations.


© Sophie / Chili-Cygnes à col noir - Oie Cauquen - Calata Mousse
© Sophie / Chili-Cygnes à col noir - Oie Cauquen - Calata Mousse


Le "coup dur" de la semaine
:

On s'en sort pas
Nous avions quitté Bernard pour Victoria en vue du passage d'une dépression moyenne avec des vents annoncés à 35 noeuds. L'arrivée dans la caleta si elle est facile venant du Sud par le canal Smyth n'est pas évidente venant du nord. Nous finissons par repérer l'entrée. Un couple d'oies Caranca surveille notre passage. Une baie s'ouvre à notre bâbord que je laisse et je vise ensuite le milieu entre un îlot central emergeant à peine et la berge à tribord, pour le moins surprise par le sondeur qui indique une faible profondeur de trois mètres. Le mouillage bientôt atteint nous déroute un peu ; petit certes, mais aussi grand ouvert, sans protection par les arbres et très peu profond, deux mètres. Il serait sujet aux rafales que nous ne serions pas étonnés. Bref, la première impression n'est pas des meilleures. Et dire que nous venions là nous abriter. Il est trop tard pour reprendre la route et expérimenter un prochain mouillage. Il s'agit maintenant de s'amarrer. C'est parti pour un bout, deux bouts, trois bouts puis quatre. Le samedi, le mauvais temps annoncé n'est pas franchement au rendez-vous mais reporté au dimanche. Le skipper ajoute un cinquième bout et en profite pour mieux orienter le bateau. Effectivement, le dimanche, si le vent paraît modéré à soutenu à l'extérieur dans le canal Smyth, notre baie est sujette aux fortes rafales. Il nous est impossible de quitter le mouillage dans ces conditions sans risquer de se faire surprendre lors de la longue manoeuvre de départ par une racha incontrôlable. Nous attendons le lundi. Lundi matin, les conditions ne se sont pas réellement améliorées. Nous profiterons cependant vers midi d'une acalmie pour nous échapper. En moins d'une demi heure, nous avions enlevé les cinq bouts, relevé l'ancre et rejoint le paso Victoria, contents de nous sortir enfin de cette souricière.

Ca colle pas
Pas une goutte de pluie de la journée est un événement, du ciel bleu, du  soleil et du vent constant et de force modérée, un rêve impossible, réalisé aujourd'hui. Cette sympathique navigation à la voile nous mène à Puerto Natales. La ville, située à l'est du canal Senoret, n'est pas protégée des vents dominants. Inutile d'essayer de mouiller tout près. Nous nous dirigeons vers la large baie de Puerto Laforest juste en face. Notre ami est en train de relever son ancre. Il a fait une mauvaise pioche, ramène quantité de petites herbes, se bat avec la serpette pour s'en débarasser. Deux autres bateaux sont déjà présents, près d'un embarcadère en bois. L'un d'entre eux appartient à un couple de jeunes français installés au Chili. Nous partons au nord de tout ce petit monde. Les fonds remontent rapidement de six à deux mètres et il n'est pas évident de trouver sa place entre un petit cargo et la côte. On pioche enfin et nous prenons le temps de nous rassasier et de nous rafraîchir d'une bière. Nous attendons que l'ancre s'imprègne profondément avant de vérifier sa bonne tenue par la conventionnelle marche arrière. Quelque temps après, mon amie nous invite à venir écouter les infos du couple français sur la région. L'après-midi se passe en discussions diverses et variées entre rafales, roulis et acalmies. Mais quelle n'est pas notre "surprise" quand levant le nez, nous voyons le bateau, par notre travers, prendre la poudre d'escampette. C'est clair, l'ancre chasse. Nous sommes déjà dans l'annexe à rattraper le bateau qui file vers le milieu de la baie et rapidement à bord nous rappelant avoir oublié la nécessaire marche arrière. Nous repartons mouiller. Tour d'horizon, nouvelle tentative, second échec. Le skipper décide d'empenneler. Je tourne en rond à la recherche d'un emplacement sur des profondeurs stables. Rien. Nous quitterons la place pour partir à l'extrême nord de la baie. Nous y trouverons notre bonheur et une nuit sereine ...


Les observations de la semaine
:

Oie Caranca à Caleta Jaime.
Couple d'oies Caranca à Caleta Mousse.
Cygnes à col noir, dauphins, baleine, oies Cauquen à Puerto Laforest.


Carnet de route
:

Lundi - Traversée du paso Victoria, du canal Union, du paso Sobenes
Journée voile.
Mouillage : Isla Jaime - Caleta Jaime - 52°10'95 S - 73°17'10 W

Mardi - Traversée du paso Escobar Doxrud, du canal Morla Visuna, du canal Santa Maria, du paso Sobenes
Mouillage : Peninsula Roca - Caleta Mousse - 51°54'71 S - 73°02'87 W

Jeudi - Traversée de l'angostura White, du golfe Almirante Montt, du canal Senoret
Journée voile et moteur.
Mouillage : Peninsula Antonio Varas - Puero Laforet - 51°44'00 S - 72°31'60 W


Semaine du 24 au 30 janvier 2010
FARWAYS - Publié le 12 février 2010 à 18h00
[52°00'90 S - 74°00'80 W - Caleta Victoria]
Cette semaine plus "clémente" a permis de courtes navigations à la voile ponctuées de grandes randonnées surpomblant l'océan Pacifique, le détroit de Nelson et les canaux Sarmiento et Harriet. Nous voici arrivés au Paso Victoria, au nord de la péninsule Munoz Gamero, qui marque la fin de la deuxième étape de notre parcours. Cette étape avait débuté avec l'entrée dans le canal Messier, juste après notre mémorable traversée du golfe de Penas. Suivent deux nouvelles étapes : un petit crochet vers Puerto Natales à l'est puis une dernière course Sud Est vers le détroit de Magellan, la Terre de Feu et le canal Beagle.

© Sophie / Chili-Caleta Bernard
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© Sophie / Chili-Caleta Bernard
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© Sophie / Chili-Caleta Harriet
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© Sophie / Chili-Caleta Harriet


Information

- La lettre hebdo a été rédigée à la caleta Victoria dans le paso Victoria.
- La position GPS est 52°00'20 S - 73°43'30 W.
- La localisation : Isla Hunter - Région 13.
- La météo de la semaine : pluvieux, 1 belle journée.
- Nombre de dépressions de la semaine : x.
- Soleil : Lever à 6h24 - Coucher à 21h50.
- La distance parcourue depuis la dernière lettre hebdo est de 78 milles.
- La progression dans le Sud depuis la dernière lettre hedbo est de 1°01'.
- La distance parcourue depuis Puerto Montt est de 977 milles.
- La progression dans le Sud depuis Puerto Montt est de 10°31'.


Le meilleur moment de la semaine :

Histoires de Patagonian cruisers
- " T'as entendu La Rose ce matin ? "
- " Non, pourquoi, Nick avait la voix encore plus cassée que d'habitude ?? !! "
- " Tu parles, Il a appelé Polarbound, au lever du jour, pour lui demander s'il y avait des risques d'icebergs dans la zone. "
- " Ah oui, c'est vrai, ils ont pratiquement fini leur traversée du Drake et atterrissent en Antarctique demain. Ils vont à Déception, l'île au cratère. "
- " Oui, c'est bien ça, John a répondu qu'il n'avait aucun souci à se faire. C'est alors que le sudaf lui a annoncé qu'il en avait deux énormes derrière lui ... "
- " Oh God. Persimon et le bateaux français n'en avaient pas parlé. "
- " Ils ont dû traverser plus au Nord. Ca fait dejà plus de trois semaines qu'ils sont en Antarctique. Ils sont partis juste après le réveillon. "
- " Alain doit avoir une sacrée motivation pour emmener sa petite famille, pour trois ans, dans les mers froides, uniquement par les caps. Il a quatre gamins à bord, de neuf à treize ans, qui n'aiment pas le bateau. "
- " Eh bien, y en a qui n'ont pas peur. Et Endeavour, toujours aux Fauklands ? "
- " Oui, David et Judy ont enfin reçu leur hélice et l'ont changée pendant une marée. Ils sont à Port Stanley en attente d'une fenêtre de quatre jours pour la Géorgie. La semaine prochaine, peut être."
- " Ils appelent souvent Kiwiroa là-bas. Les conditions sont hyper dures. Impossible pour lui de trouver une fenêtre pour faire la route en sens inverse. A force d'attendre, ses deux équipiers sont partis, l'un en avion, l'autre sur un paquebot qui fait route sur l'Antarctique. il n'est pas près de rentrer. "
- " Tu l'as dit, comment faire venir un équipier pour cette satanée route ? Un bon copain ? "
- " Le meilleur, alors, tu parles d'un cadeau !!! "
- " Des nouvelles de Kikouli ? "
- " Non, Steve lit encore la météo tous les soirs. Cela fait plus d'un mois qu'il a quitté Puerto Montt. C'est de la folie de vouloir aller direct en Géorgie en passant par le cap Horn sur son petit bateau sans émetteur ou possibilité d'avoir la météo. "
- " Oui, de toute façon, même arrivé à destination, Jeff n'a pas le moyen d'envoyer un mail. Enfin, d'ici quelques mois, un bateau l'aura croisé et on aura des nouvelles. "
- " Paraît-il, qu'il a déjà vécu une survie, plus de cent jours dans le Pacifique Nord et a même écrit un récit, très intéressant. Faut croire qu'il aime ce genre de défi. Il est parti, cet hiver, à vélo, de Puerto Montt pour Buenos Aires, genre 2000 km et est arrivé au col, à la frontière, en short sous la neige. "
- " Mieux pour lui que pour moi. "
- " C'est clair. Néreide et Gibato ont eu une super météo vers Juan Fernandez. Ils ont battu des records de vitesse. Un peu trop d'ailleurs. A force de faire la course, Gibato a pété sa bôme ! "
- " Oh, crise de rire. Des nouvelles des autres ?  "
- " Only one life est déja reparti de Juan et est en route pour l'île de Pâques ou les Gambier. Poupika est encore à Puerto Montt. Pas de nouvelles des petits Suisses. "
- " Et Restless ? "
- " Encore dans le bras Nord-Ouest du Beagle. Ils approchent d'Ushuaïa. Figure-toi qu'ils veulent ensuite remonter et être de retour à Puerto Montt en avril. "
- " Quelle idée. T'as entendu Miss Over ? "
- " Oui, c'est vraiment pas de chance. Pauvre Christine. Bignés par un ferry en quittant le Milcavi. "
- " Night Fly dit que c'est uniquement cosmétique".
- " Du coup, ils sont toujours à Puerto Williams. "
- " A couple de Leo del mar. Tu sais qu'il était sorti par le canal Cockburn pour faire le tour du Horn avant de changer d'équipage à Ushuaïa. Thomas est revenu avec des petits nouveaux dont la nana que Wolfgang lui a envoyée. "
- " Ah oui, une certaine Maria. Elle cherchait à joindre Polarbound. "
- " Tu crois qu'elle aimerait embarquer sur un bateau à moteur pour l'Afrique du Sud ? "
- " J'en sais rien. On l'apprendra peut être demain. "

Inédites
Les canaux, esteros, senos portent les noms des découvreurs de toutes nationalités qui depuis le 16ème siècle n'ont cessé d'explorer la zone dans des conditions de navigation inimaginables. Aujourd'hui, des navigateurs de plus en plus nombreux chaque année sillonnent la zone pour leur plaisir. Des guides nautiques récents de la région sont disponibles et énumèrent quantité de possibilités de mouillage. Chile Channels Yachtsman's Guide, écrit par un chilien, a inauguré la série. Le deuxième ouvrage fut un guide Imray, paru en 1999. Il fût révisé par Andrew O'Grady et la seconde édition est sortie en 2003. Un troisième ouvrage, Patagonia and Tierra del Fuego Nautical Guide, a suivi en 2004. Il a été révisé en 2007. Leur auteur, un couple italien, est arrivé à bord de leur Amel, Saudade, à Ushuaïa, en décembre 1995. J'étais alors sur l'ex Esprit d'Equipe et je me souviens de la remarque de mon skipper en les voyant : " On voit de plus en plus de petits bateaux et d'amateurs, ici ". Il est vrai qu'à l'époque, la majorité des bateaux présents sur zone étaient de grosses unités de charter. Il était loin d'imager que ces navigateurs amateurs écriraient la bible des mouillages du Sud dont chaque bateau aurait un exemplaire dix ans plus tard.
Andrew, comme Mariolina et Gorgio, ont rassemblé les documentations des pérégrinations de leurs prédécesseurs et les ont vérifiées. Ils ont exploré l'immense zone pendant des mois, ont déniché de nouveaux mouillages et à l'occasion de météo exceptionnelle sont allés s'aventurer dans des lieux encore inexplorés. Ils leur a fallu aussi nommer tous les mouillages ajoutés : au choix, noms de navigateurs connus, noms des bateaux qui leur ont fourni les données, nom de bateaux qu'ils ont rencontré en chemin. Aussi, les célèbres soeurs Jacqueline et Christiane Dardé à bord de leur Maris Stella qui ont navigué ici et seront de retour l'an prochain sont représentées avec les Caleta Dardé, Jacqueline, Christiane, et Maris Stella. Nos amis ont une Caleta du nom de leur bateau et une Caleta Mousse, du nom de leur chat. Andrew, Marie-Christine et Noël ont une caleta ou une baie du nom de leur bateau, caleta Balaena, caleta Flaneur ou baie Enez. Jeudi, nous avons mouillés à la caleta Bernard, en hommage à Bernard Moitessier. Cette caleta protégée par un groupe d'ilôts qui forme un petit port naturel a eu notre préférence par rapport à la caleta Tamata, du nom de son dernier bateau.


© Sophie / Chili-Caleta Victoria
© Sophie / Chili-Caleta Victoria


Le "coup dur" de la semaine
:

Jamais tranquilles
Nous avons quitté Puerto Bueno à trois bateaux. Après une courte navigation, nos amis s'arrêtent à Damien. Nous les y rejoignons. Le bateau est déjà accroché aux branches dans la petite caleta, nous partons dans la baie voisine. Nos amis nous appellent bientôt à la VHF et nous invitent à revenir près d'eux. Nous commençons la manoeuvre, ancrage et mise à couple en marche arrière. Le skipper s'occupe de l'ancre ; je suis à la barre. L'endroit est protégé du vent, le bateau est maniable en marche arrière, le skipper surveille la manoeuvre le doigt sur la télécommande du guindeau, je suis, ce n'est pas toujours le cas, assez sereine. Nous nous approchons doucement de du bateau, les aussières sont lancées, la manoeuvre se termine. Mais non, pas vraiment, le skipper s'est laissé surprendre, les 70 mètres de chaîne sont passées à l'eau, nous sommes sur le bout. Il faudra réengager la chaîne dans le barbotin puis poser deux bouts dont un à l'avant pour soulager un des bouts arrière de notre voisin.
L'après-midi  se passe tranquillement sans activité débordante de bord et d'autre. En fin d'après-midi, nous nous retrouvons à bord du bateau pour une dernière soirée commune. A l'heure de l'apéro, un rappel d'aussière nous surprend fortement, une rafale fait immédiatement gîter le bateau, la pluie s'abat en trombe. Un ami est déjà sur le pont, suivi du skipper. Le vent souffle à plus de 35 noeuds, il a tourné subitement, nous ne sommes plus abrités. La petite dépression aperçue ce matin sur la carte météo et à laquelle nous n'avions pas prêtée plus d'attention a dû infléchir sa course vers le nord. Du coup, elle nous passe dessus et génère des vents de sud. Les ancres se tendent sous la pression du vent. Le bout avant est doublé, les moteurs sont démarrés, nous restons tous les quatre dehors sous la pluie, prêts à intervenir. Les minutes passent. Le vent se calme un peu, redescend à 20 noeuds et c'est une nouvelle rafale qui passe. Simultanément, le vent tourne de 5° vers l'ouest, puis revient à sa direction initiale, pour tourne à nouveau, un peu plus cette fois, 10° et revient. Ainsi de suite pendant plus d'une heure pour enfin se stabiliser en direction et en force. Nous sommes à nouveau protégés. L'alerte est passée. La soirée peut reprendre. Et dire que ceux qui sont en Antarctique profitent d'un grand ciel bleu depuis plus d'une semaine. Le lendemain matin, après le net, nous sommes prêts à reprendre la route le long du canal Sarmiento. Il faudra attendre l'éclaircie après le passage d'un énième grain, qui cette fois-ci, s'était transformé en averse de grêle.

Scotchés
Nous avons envie de découvrir la caleta Thélème dans l'étroit canal Harriet. Les grains se succèdent, la visi se réduit, tant pis pour notre idée première, nous pousuivons dans le canal Sarmiento jusqu'à la caleta Bernard. L'entrée dans ce petit havre nous ravît, la mise en place des bouts un peu moins. Elle n'est pas si facile avec ce kelp qui l'envahit. Je suis même été obligée de donner un coup de marche avant vers l'ancre en milieu de manoeuvre avant la reprise au winch du second bout que le skipper place à terre, quand le sondeur indique moins de deux mètres de fond. Avec un pied de pilote de 50 cm, il n'en reste plus trop sous les quilles. Mais comment connaître la profondeur réelle avec ces algues qui perturbent les mesures ? La réponse nous est donnée en quittant les lieux. Les bouts à terre enlevés, un petit souffle nous pousse légèrement vers le même endroit que la veille avant que l'ancre ne nous ramène à une position centrale plus profonde. Je perçois alors une petite secousse, puis une plus importante et appelle le skipper à la recousse. Nous sommes scotchés dans la vase. L'eau est relativement claire mais toujours encombrée par les immenses algues. Un essai vers l'arrière s'avère la bonne option. Nous nous dégageons sans encombre. Nous n'avions pas fait attention à la marée un peu plus basse qu'à notre arrivée et à la perte de quelques dizaines de centimètres supplémentaires.


Les observations de la semaine
:

Canards Vapeur, dauphins à Caleta Moonlight Shadow.
Canard Vapeur à Caleta Bernard.
Familles de canards Vapeur, couple d'oies Caranca et d'oies Cauquen à Caleta Victoria.

Nous ne voyons plus ou très peu de manchots et d'otaries.


Carnet de route
:

Lundi - Traversée du canal Sarmiento, du paso Sharpes
Journée voile.
Mouillage : Isla Widbey - Caleta Damien - 51°18'65 S - 74°08'60 W

Mardi - Traversée du canal Sarmiento, du paso Tarleton
Journée voile.
Mouillage : Isla Piazzi - Caleta Moonlight Shadow - 51°33'65 S - 74°04'65 W

Jeudi - Traversée du canal Sarmiento
Mouillage : Isla Carrington - Bahia Moore - Caleta Bernard - 51°45'15 S - 73°51'90 W

Vendredi - Traversée du canal Sarmiento, du paso Farquia, de l'estrecho Collingwood, du paso Victoria
Mouillage : Isla Hunter - Caleta Victoria - 52°00'20 S - 73°43'30 W


Semaine du 10 au 16 janvier 2010
FARWAYS - Publié le 29 janvier 2010 à 12h00
[50°49'90 S - 74°00'80 W - Caleta Villarrica]
"A partir de maintenant, c'est les vacances" nous informe-t-on en ce début de semaine. Je le regarde, éberluée ! Vacances signifie changement de rythme. Il en est terminé des étapes de 40 à 50 milles, nous allons raccourcir les navigations et explorer plus intensément les canaux. Par 50° Sud, le paysage change, les montagnes qui longent le canal atteignent ou dépassent allègrement les 1000 m et leurs sommets sont enneigés. A Puerto Eden, petit village de pêcheurs et dernier noyau kawesqar, nous ferons le plein de gasoil dans des conditions très faciles. Ces 400 litres supplémentaires nous permettront de parcourir sereinement la deuxième moitié de la route qui nous mène de Puerto Montt à Puerto Williams. Deux événements marquent la fin de semaine : Jeudi, ciel bleu et soleil ; Vendredi, vent sous ciel gris sans pluie et une première journée entièrement à la voile.

© Sophie / Chili-Puerto Eden
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© Sophie / Chili-Puerto Eden
© Sophie / Chili-Puerto Eden
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© Sophie / Chili-Puerto Eden
© Sophie / Chili-Sortie de Shinda
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© Sophie / Chili-Sortie de Shinda
© Sophie / Chili-Arrivée sur Luna
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© Sophie / Chili-Arrivée sur Luna


Information

- La lettre hebdo a été rédigée à  la caleta Villarica dans l'estero Peel.
- La position GPS est 50°49'90 S - 74°00'80 W.
- La localisation : Peninsula Wilcock - Région 13.
- La météo de la semaine : très pluvieux, 1 journée de soleil et ciel bleu, 1 journée sans pluie.
- Nombre de dépressions de la semaine : x.
- Soleil : Lever à 6h09 - Coucher à 22h04.
- La distance parcourue depuis la dernière lettre hebdo est de 133 milles.
- La progression dans le Sud depuis la dernière lettre hedbo est de 1°42'.
- La distance parcourue depuis Puerto Montt est de 876 milles.
- La progression dans le Sud depuis Puerto Montt est de 9°20'.


Le meilleur moment de la semaine :

Les Kawesqar
Quand en 1520 Magellan découvrît l'extrême sud de l'Amérique du Sud, les Indiens de Patagonie, occupaient l'ensemble des archipels, sur près de 1800 kilomètres, depuis l'île de Chiloé, au nord, jusqu'au Cap Horn, au sud. Une classification réalisée par des scientifiques européens et définie à partir de critères de nation tels une frontière et  une langue qui n'existe pas dans ce bout du monde divisa ces nomades de la mer en trois ethnies : les Chonos, groupe du Nord, les Alakaluf, au centre, les Yaghan ou Yamana au Sud.
Dernièrement, les Alakaluf ont été rebaptisés Kawesqar, nom sous lequel les quelques survivants de Puerto Eden se reconnaissent. Cette dénomination se limite à leur groupuscule moderne très précisément localisé. Les Alakaluf représentent l'une des rares cultures de chasseurs maritimes des pays froids à être parvenus jusqu'à nous avec celles des Eskimo. Dans les années cinquante, ils étaient une centaine, essentiellement regroupés à Puerto Eden, une quarantaine au début des années 70. Ils sont moins de 10 aujourd'hui. Avec deux femmes yaghanes à Puerto Williams, sur l'île Navarino, ce sont les seuls survivants non métissés de l'ensemble des groupes qui fréquentèrent durant près de douze millénaires, un territoire grand comme deux fois la France.

Toujours présents
A mon plus grand bonheur, aux entrées dans les esteros, senos, caletas et autres puertos, les dauphins nous accompagnent, toujours plus nombreux et encore plus joueurs.

Une journée de saison
Une journée de soleil et de ciel, on n'y croyait plus. La dernière date de notre départ de Tictoc, la fameuse baie animalière de la cordillère, il y a un mois exactement. Nous avions alors pu observer les deux pics très caractéristiques du glacier Melimoyu sous un ciel immaculé. Aujourd'hui, les conditions de navigation sont idéales. Nous restons dans le cockpit à nous émerveiller de tout. Dès la sortie de l'estero Gage et le retour au canal Wide, à notre babord, s'ouvrent les senos Europa et Pingouin au fond desquels se trouvent des glaciers et leurs fronts de glace parsemés d'icebergs. Chaque mille parcouru découvre de nouveaux paysages. Nous croisons un cargo qui nous posera les questions rituelles et fera son rapport à l'Armada. L'île Topar, l'île Madre de Dios, sur notre tribord le long du canal Trinidad marque le dernier rempart avant l'océan Pacifique. Nous lui tournons le dos et embouquons le seno Tres Montes. De là, nous apercevons les montagnes qui bordent le canal Pitt à plus de 50 milles de là. Le point culminant de la zone est à 8000 pieds (2400 m), les autres avoisinent les 1500 m. L'île Jorge dépassée, la super visi nous autorise une séance de rase-cailloux. Une petite colonie d'otaries nous regardera contourner l'île Canning et les dauphins nous attendront dans la baie sud de l'île pour notre entrée dans la caleta Luna aux eaux auréolées de milliers d'écrevisses.

Une première
Nous quittons Luna sous un soleil fort. Le temps de remarquer cette chaleur inhabituelle à cette heure de la matiné qu'elle a disparu. Contrairement au temps mémorable de la veille, il fait très gris et le vent souffle du nord à 20 noeuds, les rafales montent à 35. Événement : nous déroulons le génois. Sur événement :  nous le porterons tout au long de la journée et des canaux Andrès et Pitt. Nous nous souviendrons longtemps de la vue sur les pinnacles si particuliers du glacier Amalia. Nous sommes très proches à vol de condor du parc Torrès del Paine et ça se voit !


© Sophie / Chili-Puerto Eden
© Sophie / Chili-Puerto Eden


Le "coup dur" de la semaine
:

Ca chauffe
Je sors dans le cockpit. D'épaisses fumées blanches s'échappent à l'arrière du bateau. Et pas du côté de l'échappement moteur. Je me tourne vers mon équipier le regard inquiet. Bizarrement, il est en train de me sourire et ajoute "Ah oui, je ne t'ai pas dit, j'ai mis le chauffage en route". Le système de chauffage utilisé d'ordinaire est le poêle à gasoil. Nous l'allumons à chaque arrivée au mouillage et nous l'éteignons pendant chaque navigation. Il est muni d'un long conduit d'aération qui dépasse sur le pont de près d'un mètre. Un ventilateur placé à l'intérieur, en haut du conduit, diffuse la chaleur dans le carré. Des moquettes couvrent les planchers et apportent une sensation de chaleur supplémentaire. Il pleut depuis 15 jours maintenant et à l'approche de la calotte glaciaire, la température de l'air est descendue. La pause au mouillage dans un bateau déjà chaud grâce à la mise en route du chauffage à air pulsé en fin de navigation s'apprécie encore plus grâce à ce confort bienvenu.

Un intrus à bord
Il est tard, il fait nuit noire, nous sommes plongés dans nos lectures respectives. J'entends un bruit sourd. Un pêcheur arriverait-il dans la baie ? Rapidement, un nouveau bruit, un seau qui se renverse, une galopade sur le pont. Pas de doute, il y a un intrus à bord. Nous attrapeons une lampe et je vois passer sur le panneau du carré une grosse bestiole avec une longue queue épaisse de 50 cm environ. L'un d'entre nous pense à un vison monté à bord par la chaîne de l'ancre. Il a déjà eu le cas au nord de l'île de Chiloé. Mais la description que j'en fais ne correspond pas. Serait-ce une loutre ? Nous n'en saurons pas plus. Lors de notre tour d'inspection sur le pont, plus rien. L'animal sans doute attiré par l'odeur de petits robalos (des poissons) que nous avions conservés dans un seau est déjà repartie.

Pie XI
Le vent a tourné. Quelques rafales, la chaîne racle le fond et fait du bruit. Les trois bouts arrière, non idéalement placés, sont molassons. A la prochaîne rafale, nous risquons de déraper et d'approcher d'un peu près les bords rocheux de la caleta. Vite, manoeuvre de départ. Il est 7 heures. Nous n'avons pas encore déjeuné. Nous voici dans le canal Grappler, à présent plus calme que le mouillage que nous venons de quitter. Plus un souffle. Pas de pluie. Il y a même de petits coins de ciel bleu. 10 jours que nous n'en avons pas vu autant. Les dauphins s'amusent autour de nous. Nous avons le sourire aux lèvres, les conditions paraissent idéales pour la remontée du seno Eyre. Nous espérons atteindre le ventisquero Pie XI. Ce glacier est un des plus grands du Hielo Continental Sur. 50 mètres de haut, 3 500 mètres de front. Un abri, la caleta Sally, située dans le nord du seno, à moins de 5 milles du glacier, permet de passer la nuit non loin du site et de profiter du spectacle plusieurs fois et sans empressement. Nous remontons maintenant le canal Icy, le bien nommé. Les gros blocs de glace qui se détachent en continu de la paroi du glacier s'y retrouvent en automne. Nous pénétrons dans le seno Eyre, qui mène tout droit au glacier. Oui, tout droit. Le seno de 25 milles de long est orienté Nord Sud. Avant même notre entrée, le vent a commencé à forcir. Sans doute généré par le glacier, il dépasse les 30 noeuds, nous vient droit dessus et bien sûr, il se remet à pleuvoir. La mer clapote. Le bateau tape. C'est à s'y méprendre, un petit air de Mer Rouge. Nous sommes par le travers du seno Falcon. Notre vitesse atteint péniblement les quatre noeuds mais diminue fortement au passage d'une vague plus formée. Nous renonçons à parcourir les 25 millles du seno dans ces conditions. A cette distance, pourtant, le glacier Pie XI dont on aperçoit le front de glace nous tend déjà les bras.

Carrément douce
Après quelques bribes de ciel bleu au départ de Lucrecia, le ciel s'est rapidement assombri et la pluie n'a pas cessé depuis. En cours d'après midi, le vent monte et s'annonce fort pour la nuit. Nous n'irons pas jusqu'à Estero Dock initialement prévu. Son entrée étroite est mal pavée et son mouillage, normalement de bonne tenue, sans ligne à terre. Nous nous arrêtons à Caleta Shinda à 5 milles avant. Sans regret, l'entrée dans l'estero Gage est majestueuse, plus belle encore que celle de Millabu. Sommets enneigées en toile de fond et chutes d'eau, de droite et gauche, cascadant de toute part. La caleta Shinda se trouve d'ailleurs sous deux cascades jumelles photogéniques. A l'arrivée, la forte pluie rend toute prise de vue impossible. Nous restons à l'intérieur et mettons le dessal en route. Nous consommons une vingtaine de litres par jour d'eau et faisons un plein de réservoir une fois par semaine. Aujourd'hui, le dessal ne veut rien savoir, aucune production. Nous verrons plus tard. Le lendemain, le pluie a cessé, les cascades jumelles ont disparu, aucune photo. Au milieu du canal Wide, nous relançons le dessal. La production débute sans encombre. Une hypothèse : l'eau de mer de Shinda au pied des cascades était sans doute carrément trop douce pour être dessalée !!!


Les observations de la semaine
:

Dauphins à Caleta Lucrecia.
Dauphins à Estero Gage.
Canards vapeur à Caleta Shinda.
Dauphins, colonie d'otaries à Isla Canning.
Canards vapeur, écrevisses, dauphins à Caleta Luna.


Carnet de route
:

Mardi - Traversée du Paso del Indio et du canal Grappler
Nombreux dauphins à l'approche de la caleta Lucrecia
Mouillage : Isla Saumarez - Caleta Lucrecia - 49°30'65 S - 74°15'93 W

Jeudi - Traversée du paso Charteris, seno Eyre, canal Icy, canal Wide
Voile : 2 h de vent arrière par 20 à 35 noeuds de vent
Nombreux dauphins à l'entrée d'estero Gage
Mouillage :  Isla Wellington - Estero Gage - Caleta Shinda - 49°51'80 S - 74°26'55 W

Vendredi - Traversée du canal Wide, du seno Tres Cerros, du canal Andrès
Très belle journée de ciel bleu et de soleil.
Nombreux dauphins au sud de Isla Canning.
Mouillage :  Isla Canning - Caleta Luna - 50°17'80 S - 74°37'35 W

Samedi - Traversée du canal Andrès, du canal Pitt
Journée de ciel gris sans pluie avec vent.
Mouillage :  Peninsula Wilcock - Caleta Villarrica - 50°49'90 S - 74°00'80 W


Semaine du 3 au 9 janvier 2010
FARWAYS - Publié le 19 janvier 2010 à 12h00
[49°07'62 S - 74°24'84 W - Puerto Eden]
Le golfe des Peines enfin traversé, nous descendons le canal Messier sans incartade dans les canaux latéraux. L'objectif est de continuer à progresser relativement rapidement afin de profiter de nouvelles découvertes dans les mouillages plus au Sud. Ainsi, vendredi, nous remonterons le seno Iceberg, long de douze milles, et nous observerons l'un des glaciers du Hielo Continental Sur. Moment incroyable, spectacle fascinant. Les yeux ne se détachent pas de ce monstre de glace avec l'envie toujours plus intense de s'approcher de cette merveille de la nature. Sensation infinie de puissance et de lumière .. bleue.

© Sophie / Chili-Glacier Iceberg
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© Sophie / Chili-Mouillage Yvonne
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© Sophie / Chili-Mouillage Yvonne


Information

- La lettre hebdo a été rédigée à Puerto Eden dans le Paso del Indio.
- La position GPS est 49°07'62 S - 74°24'84 W.
- La localisation : Isla Wellington - Region 13.
- La météo de la semaine : pluvieux, 2 journées avec peu de pluie.
- Nombre de dépressions de la semaine : x.
- Soleil : Lever à 6h09 - Coucher à 22h00.
- Température : 9°C.
- La distance parcourue depuis la dernière lettre hebdo est de 220 milles.
- La progression dans le Sud depuis la dernière lettre hedbo est de 2°31'.
- La distance parcourue depuis Puerto Montt est de 745 milles.
- La progression dans le Sud depuis Puerto Montt est de 7°38'.


Le meilleur moment de la semaine :

Les dauphins...
Ils me manquent aussi et encore plus fortement quand je suis en mer. L'an passé, en deux mois de navigation dans le Pacifique, je n'en ai vu que très rarement. Cette triste sensation que la mer est vide ou qu'elle se vide. Ici, je ne compte plus les fois où je les vois. Ils viennent près du bateau quelques instants, je ne les observe pas très bien, l'eau n'est pas suffisamment claire, mais qu'importe, l'essentiel est qu'ils soient là, présents, si souvent. Aujourd'hui, c'est différent, ils nous accompagnent vers le glacier tout au long du seno de douze milles et ils jouent. C'est la première fois. L'un d'entre eux arrive en surface à quelques mètres de  notre voilier, puis deux ensemble en harmonie. Ils disparaissent dix, vingt, trente secondes et réapparaissent de l'autre côté de la coque ou à l'étrave suivant la même danse. Le jeu est de deviner où. Je passe d'un banc du cockpit à l'autre, cours à l'avant, revient à l'arrière, avec un enthousiasme d'enfant, me laissant emporter par leur manège. L'un d'entre eux montre son flanc blanc et j'aperçois son oeil curieux et malicieux. Beaux moments!

Hielo Continental Sur
La Cordillère australe de Patagonie abrite les plus vastes étendues glaciaires que l'on puisse rencontrer en climat tempéré. Elles portent le nom de Hielo Continental, Hielo Patagonico ou Campo de Hielo. Sur ces zones, une calotte glacaire recouvre presque totalement la montagne. Des langues de glaciers rejoignent les grands fjords et y plongent leurs massifs fronts de glace. Au contact de l'eau, d'immenses pans de leur paroi se détachent et partent à la dérive.
Ce Campo de Hielo qui s'étend sur 18 000 km2 sur les territoires chiliens et argentins se divise en deux parties distinctes. Le Campo de Hielo Nord est uniquement chilien et se situe entre les latitudes 46°30' et 47°30' S. On peut observer un de ses glaciers à la laguna San Raphaël. On y accède en voilier, en bateau charter à partir du port le plus proche, Puerto Chacabuco, situé à une centaine de milles, près de la ville de Coyhaique ou en petit avion au départ de cette même ville. Le campo de Hielo Sud se situe entre les latitudes 48°15' et 51°25' S. Bien que sa grande majorité se trouve au Chili, sa partie argentine est la plus réputée. Le glacier Perito Moreno situé sur l'immense lac Argentina (1800 km2) est mondialement connu. Il mesure 30 km de long, 5 km de large et 60 m de haut et sa constante avancée le rend exceptionnel. Un des glaciers chiliens est à 12 milles de notre route et nous tend les bras au fond du seno Iceberg à la latitude 48°41' S. Ce glacier a reculé d'un mille en cinquante ans mais n'a pas évolué depuis le premier passage du skipper, il y a 10 ans. Difficile d'estimer sa largeur, 1 km peut être, immense. Sa hauteur : 60 m. Le plus fascinant est la couleur bleu intense qui s'en dégage. Malgré la pluie, les grains et le temps loin d'être dégagé de ce jour, sa luminosité nous appelle toujours plus près. Moments de pur bonheur d'être enveloppé dans son aura fantastique.

La première rencontre
A 9 heures du matin, sur le 8164, un net radio réunit un nombre de bateaux naviguant sur une zone s'étendant du 30ème Sud, côté argentin ou chilien, jusqu'à l'Antarctique. Les participants donnent leur position GPS s'ils sont en navigation ou dans des mouillages non repertoriés dans les guides ou bien le nom et numéro du mouillage suivi de leur intention du jour, poursuite de la navigation, repos au même mouillage ou déplacement vers un suivant. Les cartes de certaines zones sont très peu détaillées et à regarder à la loupe, les cartes électroniques le sont encore moins et parfois bien décalées. Les bateaux ne s'aventurent guère à naviguer de nuit dans les canaux. En journée, l'aide du radar est souvent nécessaire dès que la visibilité se réduit. Un proverbe pourrait rapporter : "Si tu n'es pas content du temps, attends cinq minutes". Les conditions de vent étant locales et sujettes à de si rapides variations qu'elles sont secondaires dans ce net et pas ou peu communiquées. Seules les journées de beau temps sont assez peu fréquentes pour être signalées par chacun. Les possibilités de mouillage sont si nombreuses qu'il est rare de rencontrer un bateau à l'improviste. Le net permet donc, outre le suivi des bateaux et la sécurité qu'il apporte, de faciliter les rencontres. un bateau rapide ou un pressé qui navigue en apnée rattrapera un lent qui prend son temps, un bateau qui monte vers Puerto Montt ou Valdivia recontrera un bateau qui descend vers Puerto Williams ou Ushuaïa le temps d'une soirée, d'une journée. Aussi, après la traversée de Penas, au très beau mouillage de Inti-Illimani, nous avons fait la connaissance d'Antoine et Céline, originaires des Sables d'Olonne. Ils naviguent à bord de Shana, un dériveur en alu de 14 m, inspiré des coques d'Ovni, qu'Antoine a aménagé pendant plus de deux ans et de façon innovante. Ils sont partis depuis 18 mois pour une seconde balade ou circumnavigation de 5 ans. Leur premier tour du monde autour des années 2000, à bord d'un alu de 12/13 m, a duré 7 ans. Le couple, n'ayant pas apprécié l'Indien, aimerait mettre Shana en vente en Calédonie.


© Sophie / Chili-Glacier Iceberg
© Sophie / Chili-Glacier Iceberg


Le "coup dur" de la semaine
:

Golfo de Penas - Acte III - Scène 1 - Je suis verte ...
Nous sommes en sécurité dans la caleta Suarez. En sécurité certes mais un peu coincés aussi. Les possibilités de balade sont limitées. Je n'ai guère envie de refaire la marche de la grève, sous la pluie, en équilibre instable sur les rochers et les algues. Toutes les heures, nous surveillons le baromètre. Après une baisse vertigineuse, il remonte proprement après le passage, hier, de la dépression. Les grib annoncent de nouveau 15 noeuds de vent. Doit-on s'y fier ? Est-ce le moment d'en profiter ? Il reste 90 milles à parcourir pour traverser le golfe de Penas jusqu'à l'entrée du canal Messier.
Nous dépassons l'islote Cono. Nous retrouvons immédiatemment la houle forte que nous avions quitté trois jours auparavant en entrant. La visibilité est juste un peu meilleure, elle ne dépasse pas 2 milles. Nous ne voyons pas le mont Cono qui culmine toujours à 400 m, il doit se cacher sous la brume. Nous sommes abasourdis, dégoutés aussi. Nous espérons voir la houle diminuer en tirant vers le large pour rejoindre les grandes profondeurs. Rien n'y fait. De plus, pour nous achever, les 15 noeuds de vent ne sont pas au rendez-vous. Nous sommes au moteur, brinquebalés en tout sens. Nous sommes partis en début d'après midi, juste après le repas, afin d'atterrir dans la matinée du lendemain. Je suis surprise en pleine disgestion. Je suis verte de m'être fait avoir comme une bleue. Première fois que je suis malade en plus de trente ans de nav. On m'envoie dans ma bannette. C'est vrai qu'il fait bien meilleur au chaud sous la couette. Il m'appelera en cas de besoin.

Golfo de Penas - Acte III - Scène 2 - Aventure, aventure !
Les gardiens du phare de Cabo Raper préviennent l'Evangelista que nous sommes dans le golfe. Ce navire de la Navimag fait le trajet Puerto Montt - Puerto Natales chaque semaine. Il quitte Puerto Montt le samedi, traverse le golfe de Penas dans la nuit, fait un stop d'une heure à Puerto Eden le dimanche midi, arrive à Puerto Natales un jour plus tard. Il repart pour le trajet inverse dès le lendemain. Aucun ferry de passager régulier ne croise sur cette ligne. Aussi, cette compagnie de transport a pris l'initiative d'ouvrir une partie de son cargo de marchandises et d'embarquer des passagers. Elle n'offre pas une croisière mais une expérience unique avec du bon et du moins bon. Voilà ce qu'en dit le Lonely : " Le bon - plusieurs jours de traversée au coeur des fjords inhabités et au pied des glaciers sous des lumières exceptionnelles. Le navire emprunte le labyrinthe des canaux étroits de la région d'Aisen, le canal Messier jusqu'à Puerto Eden. Au sud, les détroits se resserrent, les sommets enneigés se rapprochent et des centaines de cascades dévalent les vallées glaciaires jusqu'à l'océan. Outre ces paysages uniques, la traversée est une expérience humaine. Malgré l'aspect peu avenant du bateau et l'inconfort des espaces commmuns, les amateurs d'aventures y trouveront le clou de leur voyage. Après quelques verres de vin, de simples étrangers deviennent amis, multiplient les parties de cartes sans fin, partagent leurs sensations nauséeuses, jouent au foot sur le pont, improvisent des fêtes. Le moins bon - si la météo est mauvaise, vous ne voyez pas grand-chose. Si la météo est très mauvaise, le bateau tangue sur une mer démontée pendant que vous luttez pour garder votre déjeuner. Et si la météo est calamiteuse, la traversée peut être repoussée de plusieurs jours avant le départ ou retardée en route si le golfe de Penas s'avère trop dangereux."

Golfo de Penas - Acte III - Scène 3 - Un grain de sable dans l'engrenage
Il est 1 heure du mat. Je dors à poings fermés quand une certaine alarme se déclenche. Pas de panique. Je connais le principe maintenant. Juste le temps de commencer à remplir le réservoir de charge et le bruit cessera. Voilà, l'interrupteur est en position On. Un peu de patience. Bizarrement l'aiguille indicatrice du niveau de gasoil ne veut pas décoller du seuil mini. Elle semble y être scotchée et l'alarme crie toujours. La pompe aurait-elle un problème ? Va t'on devoir arrêter le moteur ? Sortir un jerrycan du coffre arrière, manoeuvre loin d'être évidente de nuit et avec le roulis ? Faire le plein du réservoir de charge, manipulation également très sport, sans compter la pluie ? Nous vérifions la pompe de charge. Le gasoil a l'air d'y passer. Très bonne nouvelle. Reste à surveiller le niveau du réservoir de charge. Il contient 30 litres. Ok, terminé. Enfin presque car l'alarme continue de hurler et si elle est supportable une minute, au delà, on frise la crise de nerfs. Il va falloir la faire taire ... en la démontant.

Golfo de Penas - Acte IV - Scène 1 - Une aiguille dans une botte de foin
6 h du mat, nous cherchons le phare de l'île San Pedro qui marque l'entrée, ou la sortie, du golfe de Penas. Enfin pas la tour elle-même, blanche avec une bande rouge, de 8 m de haut et 39 m au dessus du niveau de la mer mais l'éclat lumineux blanc qui porte à 16 milles. Nous en sommes à cinq milles environ et pas de flash à l'horizon. C'est jour blanc, il est dit que nous ne l'apercevrons pas. Nous appellons les gardiens du phare pour signaler notre passage. Reste à atteindre un mouillage.
La première chose est de savoir où nous sommes exactement. Car pour l'instant, nous sommes au milieu de nulle part, la position GPS ne nous aide guère, les cartes papier à grande échelle sont très peu détaillées et les cartes électroniques, encore plus succintes, comportent un fort décalage qui nous est inconnu. Il va falloir se repérer au radar et se rapprocher d'une côte afin de se localiser. Comme à Suarez, je reste dehors à observer, le skipper, handicapé par ses lunettes sous la pluie, est au radar. Aujourd'hui, la mer est quasi plate. C'est un avantage certain et rassurant. Le canal Messier est assez large pour être repéré. Nous approchons. Nous souhaitons passer sur son côté babord au sud de l'île Sombrero et au nord de l'île Zealous sur laquelle se trouve le mouillage choisi. Entre deux grains, la visi s'améliore, tout juste un quart de mille, et je peux faire quelques repérages de confirmation. Le vent est fort et rafaleux, la pluie drue et continue mais nous longeons maintenant la côte nord de Zealous d'assez près, largement moins de 100 m, pour trouver le très étroit canal Cronjé. Après chaque pointe, nous pensons le voir surgir. Mais non. A la énième pointe que nous ne finissons pas de contourner nous nous retrouvons plein sud et donc dans l'axe du canal. Nous y sommes, mon cher Watson. Le dernier mille est rapidement parcouru et le point GPS de l'entrée indiqué par le guide italien atteint. L'entrée du mouillage est minuscule, une vingtaine de mètres, sans écueil. Il faut juste prendre garde qu'une rafale ne nous déporte pas. C'est fait. A l'intérieur, plus un souffle, plus un bruit, le refuge, surmonté par un pain de sucre que l'on devine est magnifique.

Golfo de Penas - Acte IV - Scène 2 - La dernière vague
Nous sommes rapidement mouillés et attachés. Il est 9h30, nous avons le temps d'intervenir à la fin de la vacation radio et d'indiquer à Wolfgang, le net contrôleur, que nous sommes bien arrivés à Inti-Illimani. Nous profitons alors du calme et de la beauté du lieu. "J'ai la vague sous le pied" me dit alors le skipper. Traduction : il a le mal de terre. Normalement, cela se produit quand on descend à terre, souvent après une treaversée remuante, et que l'on continue à anticiper les mouvements du bateau. J'ai connu cette sensation, une seule fois, adolescente, après une traversée du golfe de Gascogne. A table, mon corps bougeait sans raison et mes mains maladroites renversaient un verre, faisaient tomber un couvert. Quelle rigolade ! Ici, ce n'est pas la terre mais ça lui ressemble. Le plan d'eau, complètement isolé du canal, est lisse et le bateau ne bouge d'aucune façon. C'est la première fois que le skipper ressent ce phénomène. Il a duré une petite heure et rapidement, avec du repos, il a disparu.


Les observations de la semaine
:

Martin pêcheur à Puerto Inti-Illimani.
Fougères arborescentes à Puerto Inti-Illimani.
Otaries à Caleta Point Lay.
Dauphins à la caleta Yvonne et dans le seno Iceberg.

Divers : Manchots de Magellan.


Carnet de route
:

Dimanche - Traversée du golfe de Penas, entrée dans le canal Cronjé
Mouillage : Isla Zealous, Puerto Inti-Illimani - 47°18'65 S - 74°11'38 W

Mardi - Traversée des canaux Cronjé, Kruger, Messier
Majorité à la voile (5 h) par vent de travers 15 à 20 noeuds. Visibilité variable. Pluie faible à modérée.
Mouillage : Isla Little Wellington - Caleta Point Lay - 47°59'46 S - 74°01'59 W

Mercredi - Traversée du canal Messier
Un peu de voile (2 h de vent arrière). Beau ciel bleu sur 360° sans compter les nuages, bien sûr.
Mouillage :  Punta Estacion - Caleta Yvonne - 48°39'85 S - 74°19'20 W

Vendredi - Remontée du seno Iceberg
Mouillage :  Punta Estacion - Caleta Yvonne - 48°39'85 S - 74°19'20 W

Samedi - Traversée du canal Messier, de l'Angostura Inglesia, du Paso del Indio.
Mouillage :  Puerto Eden - 49°07'62 S - 74°24'84 W


Semaine du 27 décembre 2009 au 2 janvier 2010
FARWAYS - Publié le 12 janvier 2010 à 12h00
[46°36'78 S - 75°27'67 W - Caleta Suarez]
El golfo de Penas, le golfe des Peines, est un mini golfe de Gascogne. Traduisez par là, une remontée de fond de 2000 m à 30 m en moins de dix milles et comprenez, un endroit où il ne fait pas bon traîner. L'objectif de la semaine a été d'atteindre un mouillage qui nous permette ensuite de traverser ce golfe en une trentaine d'heures. Nous y avons attendu une bonne fenêtre météo. Nous sommes ainsi partis mercredi de Millabu avec une prévision de vent modéré dans l'idée de passer le réveillon à l'entrée du canal Messier, de l'autre côté du golfe. Tentative avortée : le vent est monté dans l'après midi et s'est maintenu à plus de 40 noeuds, une houle de 4 mètres s'est rapidement formée, nous avons dû trouver réfuge dans la caleta Suarez située juste avant le Cabo Raper et l'entrée du golfe.

© Sophie / Chili-Corcovado-Tabon
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Information

- La lettre hebdo a été rédigée à la caleta Suarez dans la péninsule Tres Montes.
- La position GPS est 46°36'78 S - 75°27'67 W.
- La météo de la semaine : pluvieux, 1 journée de soleil.
- Nombre de dépressions de la semaine : x.
- Soleil : Lever à 6h14 - Coucher à 21h57
- La distance parcourue depuis la dernière lettre hebdo est de 132 milles.
- La progression dans le Sud depuis la dernière lettre hedbo est de 1°32'.
- La distance parcourue depuis Puerto Montt est de 535 milles.
- La progression dans le Sud depuis Puerto Montt est de 5°07'.


Le meilleur moment de la semaine :

Bienvenue à Ely
Nous avons quitté Kent il y a quatre heures et il y a quatre heures que nous naviguons sous la pluie. Le prochain mouillage offrant une protection des vents de Sud annoncés est à 15 milles mais en dehors de la route pour l'isla Clemente et Puerto Millabu, notre mouillage d'attente pour le golfe de Penas. Ne serait-ce pas une bonne idée de s'arrêter tout de suite dans ce minuscule trou qui n'est d'ailleurs plus indiqué dans les guides de navigation récents du Chili ? Il est difficile de repérer la caleta Ely le long du canal. Il faut attendre d'être par son travers pour la deviner et s'en approcher. Nous y sommes, nous entrons doucement dans ce petit havre et pour ajouter à la magie de l'instant, un dauphin nous offre un saut de bienvenue hors de l'eau à quelques vingt mètres du bateau.
Hommage à Millabu
Les mouillages de Patagonie sont indéfinissables tant ils sont particuliers. Aucun n'est banal. Il y a les beaux, les très beaux. Aucun ne laisse indifférent. Certains sont émouvants, magnifiques, grandioses. Puerto Millabu sur l'île Clemente fait partie de ceux-là. Il n'existe pas de mouillage ouvert, ici. Ils seraient insécurisants car non suffisamment protégés des vents qui peuvent souffler de toutes forces et directions. Il faut toujours entrer. Souvent, cette entrée au mouillage reste invisible, se laisse deviner longtemps pour se découvrir au dernier moment. L'accès se fait après avoir franchi une petite passe, un étroit canal, un long dédale entre des ilôts. Le mouillage sera alors sans doute un lieu protégé, serein, pourra offrir une vue sur une montagne, un glacier, une cascade, permettra d'approcher la faune, la flore ...
Au milieu des dépressions et des fronts de cette semaine, une journée de beau temps s'est glissée. Millabu nous a offert la plus belle balade de ce début de voyage. Tout au long de l'ascension vers les plus hautes cascades, nos regards se posaient sur la plage de sable mordoré, il est dit qu'on y trouve des pétites d'or, et nos pensées allaient droit vers nos amis et pour la Nouvelle Brise, leur bateau dont ce fût le dernier mouillage.


© Web-Internet / Millabu
© Web-Internet / Millabu


Le "coup dur" de la semaine
:

Golfo de Penas - Acte I - Scène 1 - Radar ou sésame
Nous partons très tôt ce matin et traversons au moteur, la baie Anna Pink, antichambre de l'océan. Les grib ont annoncé un petit 15 noeuds pour la journée et nous les attendons patiemment. Effectivement, le vent se lève progressivement et vers midi, nous déroulons le génois. Nous débouchons dans le Pacifique au portant, 20 noeuds réel, 14 apparent. Le vent doit tourner au N NW ce qui rendra l'allure meilleure. A 13 h, ça fraîchit un peu, le vent monte à 30 noeuds avec rafales et nous progressons à 7 noeuds. Le vent vient toujours du N NE. A14 h, le vent continue de monter, il est maintenant établi à 40 noeuds. Il est accompagné de grains. Nous avons roulé et ne portons plus qu'un bout de génois. Une heure plus tard, les conditions n'ont pas changé. Le vent ne tourne pas, il se renforce même. Dans le même temps, la mer a bien levé. Les vagues montent avec la houle à 3, 4 m. Nous avons rangé nos vêtements de pluie et enfilé salopettes et vestes de mer. Nous nous accrochons au harnais 2 points pour sortir dans le cockpit. Je ne me souviens pas de m'être accrochée une seule fois en 6 ans sous les tropiques. Le vent a maintenant tendance à tourner dans l'autre sens et se maintient en force. Il faut se rendre à l'évidence : la réalité est loin de correspondre aux prévisions. Le skipper renonce à passer Cabo Raper, le cap situé à l'entrée du golfe de Penas dans ces conditions et prend la décision de chercher un abri.
Nous remontons donc maintenant au vent vers le premier abri en distance. La proximité de la côte avec sa remontée de fond vertigineuse en quelques milles donne une mer encore plus formée. Dans les trois guides nautiques du Chili, nous lisons attentivement les infos concernant la caleta Cliff. Les cartes marines de la péninsule Tres Montes ne sont plus aussi détaillées que celle de l'archipel des Chonos et nous découvrons qu'elles sont décalées de plus d'un mille. Cela ne facilitera pas l'atterrissage. A 16 h, nous sommes à deux milles de l'entrée. Nous essuyons grain sur grain. La visi n'est pas bonne. Je ne parviens pas prendre de repères. Au radar, le skipper ne distingue pas mieux l'étroite entrée de la caleta. Impossible de continuer de se rapprocher et de s'engouffrer dans le premier trou venu. La houle est trop forte et il serait pénible de ressortir. Nous sommes cependant rassurés que le vent n'ait pas encore tourné ce qui permettrait de repartir vers le large. Oui mais pour combien de temps.
Bref, nous décidons de poursuivre vers le prochain refuge dont l'entrée est largement plus aisée. Il se situe au fond d'une baie large de 4 milles. Nous avons abattu et longeons la côte. L'allure est plus confortable. Nous avons huit milles à parcourir. Cela laisse plus d'une heure pour préparer et mémoriser tous les détails d'entrée dans la baie et dans la caleta. Coutourner la pointe nord de la baie, longer la côte, repérer un mont de 400 m de haut, à sa gauche un îlot, passer entre les deux, obliquer à gauche, faire deux milles dans un seno, à gauche la caleta, à l'abri de tout vent de toute force. Les guides rapportent qu'on y rentre même par temps de brouillard. Nous nous rapprochons. Nous cherchons la pointe nord de la baie à l'oeil nu. Rien, la visi est maintenant inférieure à deux milles. L'entrée se fera au radar. Le bateau marche à 7 noeuds avec le torchon à l'avant. Le moteur est démarré. La pointe est au travers. On entre. On serre à gauche. On espère se mettre à l'abri de la houle rapidement. On roule ce qu'il reste de génois. On marche toujours à 5 6 noeuds à sec de toile. Je reste dehors à surveiller, le skipper est à l'intérieur au radar. Nous longeons la côte nord de la baie. Je la vois bien mais je ne vois rien d'autre, pas plus de mont que d'îlot. La houle n'a pas diminué, toujours 4 m à l'intérieur. Le skipper me confirme que nous sommes dans l'axe de l'entrée. Rien, les minutes passent, toujours rien. Il pleut sans discontinuer. Le vent atteint les 45 noeuds même à l'intérieur. Je ne distingue rien devant. Nous sommes dans la baie depuis plus de vingt minutes quand enfin je vois le mont Cono et simultanément l'îlot du même nom. Soulagement. Nous en sommes à moins d'un demi-mille. Effectivement, nous sommes pile dans l'axe et toujours portés par la houle. L'îlot dépassé, nous prenons 30 à gauche, la houle ne rentre plus, la mer est plate, le vent se calme. Il est clair que nous respirons mieux. Le moteur est embrayé, restent deux milles pour rejoindre la tranquillité de la caleta Suarez.
Golfo de Penas - Acte I - Scène 2 - Méli-mélo à Suarez
Caleta Suarez, le refuge des pêcheurs de morues en cas de "mal tiempo" comme ils disent ici. Nous y sommes. Encore un petit effort. Il faut s'ancrer et s'accrocher aux arbres. Pour éviter de chasser et s'assurer une meilleure sécurité, ici, en Patagonie, on ne fait ni enfourchage, ni empennelage, les vents tournent trop, on place des aussières à terre. Les bateaux naviguant sur zone possèdent donc deux rouleaux de plus de cent mètres de bouts flottants à l'arrière et souvent un troisième rouleau à l'avant. Nous avons déjà fait cette manoeuvre à Tictoc et chez Benjamin et Jackie. Ici, les guides préconisent de se mettre cul à la plage. Aujourd'hui, cul à la plage signifie aussi cul au vent. Il y a encore des rafales à 20 noeuds dans la caleta abritée. Aussi, on ancre, nez à la plage, face au vent. Comme d'habitude, on fait monter le régime moteur en marche arrière pour vérifier que l'ancre tient. C'est cool : ça tient. Impeccable. Restent les aussières à porter à terre et on a fini. Repos. Oui, mais. Oui, mais, on est un peu loin de la plage ce qui signifie qu'on ne profite plus de la protection des arbres. Bon, on remonte l'ancre. Nous allons nous rapprocher un peu. Même manoeuvre. On tire sur l'ancre. Zut, on dérape. Il faut recommencer. Nous allons vite comprendre la raison du dérapage. Le skipper doit utiliser la machette pour se débarrasser de l'énorme paquet d'algues qui pend avec l'ancre. Son équipement Cotten tout neuf au top de la technique est baptisée d'éclaboussures, de boue et de gasoil, de la capuche fluo magique, celle "qui tourne avec la tête", au pied. La pluie qui tombe à seau la nettoyera illico. Pour ce troisième essai, nous allons écouter le guide : mouiller et culer vent contre. Le fond de la caleta est tissé de bouts que les pêcheurs laissent en prévision de leur prochain passage. Nous nous accrocherons à ce méli-mélo déjà à poste. Il nous a fallu encore deux essais supplémentaires pour parvenir à la manoeuvre. Deux heures plus tard, nous terminions, le vent commençait à tomber dans la caleta, quelques rares rafales balayaient encore le mouillage. Le surlendemain, en prévision du vent qui allait reprendre, nous allions ajouter la troisième aussière, à l'avant.
Golfo de Penas - Acte I - Scène 3 - Que d'eau, que d'eau !
Il est 9h du soir quand nous rentrons enfin à l'intérieur du bateau et pouvons retirer bottes et cirés. Nous nous sommes levés à 6, les dernières heures ont été stressantes, le skipper allume le chauffage, je mets le repas préparé la veille à rechauffer doucement. Le pisco est sorti du frigo, nous savourons un verre bien mérité, confortablement installés à la table du carré. La température commence à s'élever et à nous réchauffer en même temps que l'alcool. Voilà, le moment que tout marin apprécie. On cause, on debrieffe autour d'un verre. Je  retourne vers la cuisine et dérange le skipper pour passer. Nous nous retrouvons tous les deux, debout, pataugeant dans l'eau. Il y a de l'eau au dessus des planchers du carré. Là, c'est la panique. Enfin, pour moi, car je n'ai encore jamais vécu cette situation. L'eau a monté de 2 cm en moins d'un quart d'heure. Le skipper saute sur l'interrupteur de la pompe, la met en route et me laisse la maintenir en fonction pendant qu'il inspecte. Quasi immédiatement, il va dans l'une des cabines arrières, ouvre le panneau moteur insonorisé. Là, c'est net, nous entendons un bruit d'eau à fort débit. Pas étonnant que l'eau monte à grande vitesse. Le skipper passe alors dans ma cabine, dégage l'accès au panneau moteur et atteint le joint tournant qui assure l'étanchéité de la ligne d'arbre. Ce joint comprend un soufflet maintenu par des colliers inox sur le tube d'étambot et comprimant une bague en carbone contre une bague en inox solidaire de l'arbre. Cette dernière bague a bougé et l'eau passe. Le skipper la replace contre la bague en carbone et parvient à réduire considérablement l'entrée d'eau.  Soulagement. Le diagnostic est posé. Il fait un serrage d'attente et reprendra demain. On dîne, on pompe, on regarde l'eau s'écouler dans les fonds, on pompe, on va dormir.
Golfe de Penas - Acte II - Scène 1 - Vissage
Le moteur du bateau, un Nanni 50 cv, avait plus de 6 000 h l'an dernier quand il a commencé à tourner moins rond. Un problème de soupapes a priori. Dans ces parages, il est hors de question de naviguer avec un moteur dont on ne soit pas sûr. Oui, c'est vrai, il y en a qui faisait tout à la voile à une certaine époque, aujourd'hui aussi, chacun ses choix. Le skipper a préféré changer son moteur cet été et repartir cette saison avec un neuf. L'échange a eu lieu à Puerto Montt. Le moteur avait 25 h au compteur, le temps du test, quand nous avons quittés Puerto Montt. Il en a 120 aujourd'hui. Dans le système de joint tournant, la bague en inox doit être fixée sur l'arbre avec trois vis immobilisées avec du frein-filet ou avec un système de contre écrou, système choisi sur le bateau. Ces vis n'ont donc pas été suffisamment serrées sur l'arbre. Le skipper a donc replacé la bague, resserré et immobilisé les 3 vis puis poussé le soufflet pour faire échapper l'air. Réparation somme toute rapide.
Golfe de Penas - Acte II - Scène 2 - Soudure
Pendant que le skipper travaille sur le moteur, j'essaie d'élucider la panne du Pactor, le modem qui sert à décoder le son en caractères et qui permet d'émettre et recevoir les mails à bord. Pendant les dernières heures de navigation, une vague plus forte que les autres l'a fait chuter et il s'est arrêté à chaud faute d'alimentation. Le fait est qu'il ne s'initialise plus et rien sur le sujet dans le mode d'emploi. cela n'a rien d'étonnant puisque cela correspond à l'étape n°1 de la mise en route du modem. Le skipper se souvient qu'un de nos amis avait régulièrement ce problème. Il fallait alors déconnecter la batterie et la reconnecter. Plus facile à dire qu'à faire. Sur ce matériel, la batterie est soudée. Et puis, est-on vraiment sûr de l'origine de la panne. Ne va t'on pas générer une sur-panne. J'émets l'idée d'envoyer un mail ( avec l'Iridium ) à un copain, revendeur de Pactor ( salut Luc ). Peut être, aura-t'il une idée. C'est alors que le skipper souligne un nouveau problème. Le câble RS232 qui relie l'ordinateur de la table à carte au Pactor situé dans la cabine arrière près de la BLU passe sous les planchers. Or, les fonds, hier, étaient remplis d'eau de mer. On commence à espérer très fort que l'immersion de la prise soit la seule fautive. La prise déjà rouillée pourrait avoir reçue le coup de grâce. Le skipper remplace le câble par un autre. Essai : l'init ne se fait toujours pas. Ce nouveau câble est-il en bon état ? Test du câble. Un des ses fils est coupé. Démontage de la prise initiale qui n'a pas bonne mine. Nettoyage des fils et contacts. L'init se fait aléatoirement. Nous profitons de l'après midi sans pluie continue pour prendre l'air. Nous longeons l'estero Cono jusqu'à l'îlot et le mont. La mer semble calmée dans la baie San Andres. Nous rentrons à 19 h à bord épuisés par 9 km de marche tout terrain sur les galets mélés aux algues, escaladant arbres morts et rochers glissants, traversant ruisseaux rapides. Nous n'aurons pas le courage de réveillonner et profiterons d'une nouvelle nuit réparatrice. Le lendemain, le skipper court-circuite les prises RS232 en soudant les fils entre eux et rend étanche la nouvelle jonction avec de la gaine rétractable. Dix minutes plus tard, nous entendrons le bip sympathique d'initialisation du modem.


Les observations de la semaine
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Dauphins à Ely.
Cette semaine, nous avons observé nettement moins d'oiseaux. Les manchots sont toujours visibles lors de nos navigation et à l'arrivée dans les mouillages, quelques otaries solitaires ne vivant pas au sein d'une colonie sont également souvent présentes .


Carnet de route
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Dimanche - Descente du canal Pichirupa
Mouillage : Isla Drink - Caleta Ely - 45°18'65 S - 74°11'38 W

Lundi - Traversée des canaux Darwin, Williams
Mouillage : Isla Clemente - Puerto Millabu - 45°59'46 S - 74°01'59 W

Mercredi - Sortie de la Bahia Anna Pink - Océan Pacifique - 5 heures de voile
Mouillage :  Bahia San Andrès - Estero Cono - Caleta Suarez - 46°36'78 S - 75°27'67 W

Samedi - Sortie de la Bahia San Andres - Océan Pacifique


Semaine du 6 au 12 décembre 2009
FARWAYS - Publié le 07 janvier 2010 à 18h00
[43°04'25 S - 73°31'66 W - île de Chiloé]
La navigation a debuté cette semaine. C'est une remise en route pour le bateau, une prise de marques pour moi. Nous avons décollé de la marina Oxxean dimanche et amorçé notre descente vers le Sud. Pas ou peu de vent et de sud donc dans le nez. La progession s'est uniquement faite au moteur. Nous avons traversé le seno Reloncavi, le golfe d'Ancud, puis navigué entre de petits archipels du large de l'île de Chiloé avant de débarquer à Castro, le chef lieu de Chiloé pour quelques formalités. Nous avons obtenu un zarpe gagnant qui nous permet d'éviter une étape "déroutante", c'est à dire à l'écart de notre route "idéale" et raté une nouvelle fois l'essai de prolongation de visa. Il faut très beau et de plus en plus chaud. Assez chaud vendredi pour que les Chiliennes sortent les sandales et les mini-jupes. La question est "Pour combien de temps ?" La réponse ne s'est pas fait attendre. Samedi, une dépression est passée amenant ciel gris et pluie glacée, nous avons rallumé le poêle.

© Sophie / Chili-Corcovado-Tabon
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© Sophie / Chili
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© Sophie / Chili
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Information

- La lettre hebdo a été rédigée au nord de Quellon sur l'île de Chiloé.
- La position GPS est 43°04'25 S - 73°31'66 W.
- La météo de la semaine : Vents de Sud - 0 à 10 noeuds - chaud et sec.
- La distance parcourue depuis la dernière lettre hebdo est de 163 milles
- La progression dans le Sud depuis la dernière lettre hedbo est de 1°10'.


Le meilleur moment de la semaine :

Vue particulière sur la cordillère
Dimanche matin, nous dépassons le canal Tenglo et commençons la traversée du golfe d'Ancud. Le temps est beau, froid et sec. Vers les 10 heures, la visibilité s'améliore et soudain, la cordillère émerge des nuages. Il y a la mer, les nuages et les sommets enneigés sur des kilomètres et des kilomètres. La cordillère est à moins de 10 km à vol d'oiseau, nous sommes à ses pieds. C'est si pur, si dépouillé, si beau, à vous couper le souffle, pourtant dans les Andes du Sud, les sommets de la cordillère ne s'élèvent qu'à 2 - 3000 m, nous sommes loin des 6962 m de l'Aconcagua, son plus haut sommet situé en Argentine à la latitude de Buenos Aires.
Yakafaire un panoramique
Une balade sur l'île de Tabon avec une superbe vue sur la baie de Lin et la cordillère en toile de fond, une autre sortie jusqu'au mirador de Mechuque tout juste indiqué par un carabiniero croisé dans le village ; ces paysages donnent envie de garder quelques photos plus pertinentes que des grand angle. Il est temps que je pratique la fonction Panoramique de mon appareil photo. L'an passé, j'avais fait une première tentative bien vite stoppée. La carte mémoire permettant de prendre une photo panoramique devait être de marque identique à celle de l'appareil, celle-la même qui s'est égarée la veille de mon entrée au Cambodge. J'ai bien pris soin cette année d'acheter la carte mémoire adéquate. Et voilà, clic clac avec la fonction Pano. Pourtant, rien ne se passe. Le raccord photo doit être fait à l'aide du logiciel fourni sur un CD avec l'appareil. Aie, le CD avec ce logiciel propriétaire est en France. Le skipper à qui j'ai recommandé mon appareil vient de s'acheter le dernier modèle. Il m'assure avoir le CD à bord. Chic, le collage approche. Maintes recherches à bord n'aboutissent pas ... Reste la solution Internet encre possible. Le site Olympus invite à une inscription en bonne et due forme avec numéro de série de l'appareil avant de permettre le téléchargement du dit logiciel. Et YES, on l'a eu. Install du logiciel et première manip de collage à suivre : c'est bien fait, hyper intuitif, facile. Bon, vous l'avez compris, la prise de panoramique, ça ne s'improvise pas tout à fait mais quel régal ensuite ...
Visite de la cathédrale de Castro à Chiloé
L'île de Chiloé est renommée pour ses églises en bois. Depuis 2000, seize des trois cents églises que contient l'île sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO. Pourtant, à ce que j'en ai vu sur les îles environnantes, ces églises sont en tôle ondulée peinte de couleurs claires, rose, bleu ou jaune pâle. Alors ce fut le choc quand je suis entrée pour la première fois dans la cathédrale de Castro. J'ai enfin compris ce que cela signifiait : l'intérieur de cette église est entièremment en bois vernis. Piliers, sols, plafond, murs, nef, enfin tout. Cela confère à l'ensemble un aspect chaleureux et lumineux qui n'a rien de comparable avec nos églises de pierre souvent grises et froides. Ce sont les prêcheurs jésuites itinérants des 17 et 18 ème siècle qui fondèrent ces églises et initièrent une tradition poursuivie par les franciscains au 19 ème. Ces églises sont un exemple unique en Amérique latine d’architecture religieuse en bois. Il existe même sur l’île une « école chilote d’architecture religieuse en bois ».
Changement de zarpe
Avant d'entreprendre une navigation au Chili, un plan de route, appelé zarpe doit être validé par l'Armada. Ces zarpes ne peuvent être effectués qu'en des endroits précis et peu nombreux. Aussi au départ de Puerto Montt, le skipper a obtenu un zarpe pour Melinka dans les bouches de Guafo. Or Melinka n'est pas un des plus beaux endroits de Patagonie et surtout cette petite ville de 1500 habitants nous déroute. Cela nous prendra quelques deux jours minimum si la météo est clémente. Aussi, passer à Castro nous permet de faire établir un nouveau zarpe jusqu'à Puerto Natales et ainsi éviter Melinka.


© Sophie / Mechuque-Mirador
© Sophie / Mechuque-Mirador


Le "coup dur" de la semaine
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Le non fonctionnement du pilote automatique
Nous sortons de la marina Oxxean. Quelques minutes plus tard, une pression du doigt sur la touche Auto permet de mettre en route le pilote automatique. Enfin, c'est ce qui devrait se passer. Car à ce moment précis, la barre à roue reste libre. Nouvelle pression, même résultat ... problème. Eh bien, nous allons barrer les 27 milles de la journée et verrons une fois arrivés au calme du mouillage. A Bahia Lin, le skipper procède au changement de la carte électronique du pilote. Essai de mise en route : ok. Nous serons plus tranquilles demain car mine de rien, il a beau faire grand soleil, l'air est frais à la barre. Le lendemain, nous partons pour Mechuque à 35 milles et devons traverser le golfe d'Ancud. Pression sur Auto. La barre ne répond plus et le cadran du pilote indique une panoplie d'erreurs. Souci, nous n'avons pas en stock une troisième carte électronique. Quoique à y réfléchir, ce serait plutôt bon signe. Les deux cartes, sauf erreur d'alimentation qui les endommagerait, ne peuvent être en panne toutes les deux en même temps. La panne sera résolue au mouillage suivant : un faux contact d'un des fils amenant des infos au pilote. OUF ...
L'appro en gaz
Dimanche matin, nous sommes fin prêts à partir. Ou presque, car c'est bien connu, on ne l'est jamais complètement. Nous sommes encore à quai que le skipper s'en rend rapidement compte. Nous avons oublié le gaz. Mais là encore, le faire immédiatement nous retarderait de deux jours et nous n'en avons pas la moindre envie. Gérer le gaz à bord d'un bateau de tour du monde est une autre histoire que gérer le gaz à terre. Il ne s'agit plus d'aller chez le distributeur du coin échanger sa bouteille vide contre une pleine. Ce serait évidemment trop simple. Chaque pays possède ses particularités au niveau bouteilles et détenteurs. Le gaz est un élément qu'il est primordial de sécuriser au maximum. La bouteille doit être calée le mieux possible afin de ne pas bouger lors des mouvements du bateau et son installation doit être faite dans un coffre ventilé afin de ne pas laisser au gaz la possibilité de s'accumuler en cas de fuite. Aussi après quelques mois de navigation, chaque navigateur finit par faire son remplissage de bouteille lui-même dans sa propre bouteille non rouillée. La recharge pleine placée en hauteur se videra par gravité dans la bouteille vide du bord. Il faudra peser la bouteille ainsi remplie pour s'assurer que le gaz n'y soit pas en surpression. La manipulation pourra prendre une dizaine d'heures pour une bouteille de 15 kg, être plus rapide si on arrête le processus de temps en temps pour laisser l'air de la bouteille en remplissage s'échapper. Et voilà, la manip faite lors de notre stop à Quehui.


Semaine du 30 novembre au 7 décembre 2009
FARWAYS - Publié le 04 décembre 2009 à 18h00
[41°29' 654 S - 72°59'077 W - Canal Tenglo - Seno Relongcavi]
L'activité essentielle de la semaine est l'approvisionnement alimentaire. Il s'agit de "faire les courses" pour 2 pour ... 4 mois.
La première tâche consiste en l'inventaire exhaustif de l'existant. Celui-ci ne sert généralement pas à grand chose sinon de découvrir ou redécouvrir les rangements du bord, de savoir où est stocké quoi voire de remettre un peu d'ordre dans les fonds et autres équipets avant le grand arrivage.
Ensuite, on procède à un déambulement systématique de tous les rayons d'un ou de plusieurs supermarchés et on charge les caddies. Puerto Montt est une ville de 200 000 habitants ; on y trouve de tout ou presque.
Retour à la marina en taxi oblige. La marina à ce moment précis est un luxe appréciable car transborder les cartons de vivres en annexe jusqu'à un mouillage qui devient subitement agité est une toute autre aventure. Vient alors le point dur d'une appro : tout caser à bord.
Quelque soit la taille du bateau, le casse tête est le même. Dans notre cas, cela représente 300 kg de vivres et 50 kg de frais ; le volume induit, l'équivalent de 20 gros cartons, est impressionnant. Bon, nous avons réussi à tout ranger convenablement, oui, oui. La dernière étape, et non la plus désagréable, fêter ça autour d'un verre. Ici au Chili, comme dans plusieurs pays d'Amérique du Sud, c'est le Pisco Sour que l'on déguste avec modération !

© Sophie / Arrivée au Chili
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© Sophie / Chili
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© Sophie / Chili
© Sophie / Chili
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© Sophie / Chili

Information
  - La lettre hebdo a été rédigée à la marina Oxxean de Puerto Montt
  - La position GPS est 41°29' 654 S - 72°59'077 W - Canal Tenglo - Seno Relongcavi.
  - La météo de la semaine : Vents de Sud - 5 à 10 noeuds - froid et sec

Le meilleur moment de la semaine :
L'observation tout au long de ma journée d'arrivée au Chili de 5 arc-en-ciel complets. Record à battre !

Le "coup dur" de la semaine :
Le déclenchement en pleine nuit pendant mon sommeil d"une alarme stridente non identifiée ! Il s'agissait de l'alarme de gasoil ...




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